Loi El Khomri: l’Ordre des médecins s’inquiete pour la médecine du travail

PARIS, 27 avril 2016 (AFP) – Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) a estimé mercredi que le projet de loi de la ministre Myriam El Khomri « dénaturait le rôle » de la médecine du travail, annonçant avoir « proposé » des amendements aux parlementaires.

Dans un communiqué, le Cnom se dit « inquiet des orientations prises » par le projet de réforme du droit du travail, qui doit arriver le 3 mai à l’Assemblée nationale.

Le texte réformant le droit du travail prévoit de supprimer la visite médicale d’aptitude, dont bénéficient aujourd’hui tous les salariés avant l’embauche, pour la réserver à ceux dont les postes sont jugés à risque pour eux-mêmes et leur environnement (transport, chimie, BTP).

Or la « disparition du lien entre le salarié et le médecin du travail à l’embauche et la réorientation » de ses missions « dénaturent le métier de médecin du travail », juge le Cnom.

« Cette dérive vers une médecine de contrôle altère le lien indispensable à la confiance entre chaque salarié et son médecin du travail », poursuit-il.

Conscient des « difficultés liées au déclin du nombre » de ces professionnels (5.600 en 2015 pour 17 millions de salariés), l’Ordre estime néanmoins que la « diminution de l’accès à la visite médicale des salariés n’est pas une réponse à la hauteur des enjeux ».

Il lui préfère ainsi le développement du « statut de collaborateur médecin », une passerelle qui permet, depuis 2012, aux services de santé au travail de recruter des praticiens pas encore spécialisé en médecine du travail et s’engageant dans une formation.

L’Ordre souhaite également promouvoir « la pluridisciplinarité » afin de garantir, selon le docteur Jean-François Simon, un « contact » à l’embauche « entre le salarié et un membre de l’équipe de santé » de l’entreprise, qu’il s’agisse du médecin ou d’un autre professionnel.

La CFE-CGC et la CGT, deux des principaux syndicats des médecins du travail, avaient dénoncé le mois dernier le projet de loi El Khomri qui, selon eux, désinvestit le médecin du travail de sa mission première de « veilleur » et prive les salariés d’un « outil majeur de protection sociale ».