Loi Grand âge: les professionnels rappellent que le temps est compté

PARIS, 21 février 2020 (AFP) – « Stop au blabla, faites notre loi »: les acteurs du secteur de la perte d’autonomie veulent profiter de l’arrivée d’un nouveau ministre des Solidarités et de la Santé pour rappeler « l’urgence » de faire la réforme du Grand âge, plusieurs fois repoussée et désormais promise « avant l’été ».

« L’heure n’est plus aux promesses, aux rapports, aux grand-messes, aux belles paroles, l’urgence est là », explique à l’AFP Annabelle Veques, directrice de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa), qui regroupe 1.200 acteurs du secteur.

Pour cette fédération, qui a lancé il y a quelques semaines une campagne d’interpellation des pouvoirs publics baptisée « Stop au blabla, faites notre loi », il faut que le gouvernement « arrête de jouer la montre ».

Quelques jours après la nomination d’Olivier Véran pour succéder à Agnès Buzyn, de nombreux acteurs du secteur réclament au nouveau ministre de tenir la promesse présidentielle en prenant à bras le corps la question du vieillissement.

En 2040, on estime que 15% de la population aura plus de 75 ans. Mais si l’espérance de vie progresse, elle ne signifie pas toujours une bonne santé et le nombre de seniors en perte d’autonomie, qui était de 2,5 millions en 2015, pourrait atteindre 4 millions en 2050.

Face à ce choc démographique, les dépenses liées au grand âge, estimées aujourd’hui à 30 milliards d’euros annuels (24 milliards d’euros en dépenses publiques, le reste reposant sur les ménages), pourraient exploser.

Pour « répondre à cette nouvelle vulnérabilité sociale qu’est la dépendance », Emmanuel Macron avait promis mi-2018 une loi « votée avant la fin de l’année » 2019. Mais de concertations en rapports, ce texte a finalement été repoussée à mi-2020.

Le projet de loi sera bien présenté en conseil des ministres « avant l’été », a assuré jeudi Olivier Véran, disant sa « grande détermination » à ce qu’il soit voté « le plus rapidement possible ».

– « Vague grise » –

Mais pourquoi autant de retard ? « C’est un gros projet de loi, avec beaucoup d’arbitrages et des sommes à mobiliser qui sont considérables », a-t-il répondu à l’AFP, en marge d’un déplacement auprès d’auxiliaires de vie.

En réservant « symboliquement » son premier déplacement officiel au champ de la perte d’autonomie, le nouveau ministre – il a pris ses fonctions lundi – a voulu rassurer le secteur. Il a en outre annoncé 20 millions d’euros supplémentaires en 2020 pour l’aide à domicile.

« Cette annonce est bienvenue mais elle n’est pas encore à la hauteur des enjeux », réagit auprès de l’AFP Marc Bourquin de la Fédération hospitalière de France (FHF).

Selon lui, le retard pris est dû « aux crises sociales successives, gilets jaunes, retraites, hôpital, qui ont eu la priorité et ont pu peser dans les finances ».

« On sait bien qu’on ne trouvera pas 10 milliards d’euros comme ça mais il faut poursuivre la mobilisation pour obtenir une loi de programmation », poursuit-il.

Car une telle réforme sociale est coûteuse. Le rapport sur le grand âge remis en mars par Dominique Libault au gouvernement avait estimé à plus de 9 milliards d’euros de dépenses publiques supplémentaires l’entrée dans le grand âge des générations du baby-boom.

Et le défi est double pour affronter cette « vague grise »: en plus d’un effort financier, il faut faire évoluer l’offre proposée.

En premier lieu, en rendant beaucoup plus attractifs les métiers du soin auprès des aînés: les difficultés des personnels, aussi bien en maison de retraite qu’à domicile, avaient été mises en lumière par une vaste mobilisation entamée début 2018.

Dans un rapport sur « l’attractivité des métiers du grand âge », l’ancienne ministre Myriam El Khomri a estimé nécessaires plus de 90.000 embauches d’ici cinq ans. Une « conférence sociale », abordant la formation, la rémunération ou la pénibilité de ces métiers aura lieu prochainement, a confirmé M. Véran sans donner de date.

« Après tous ces travaux, on ne pourra pas dire que l’État ne savait pas », déclare à l’AFP Pascal Champvert, président de l’AD-PA, association de directeurs de maisons de retraite ou de structures d’aide à domicile, demandant qu’Olivier Véran ait un « ministre délégué aux personnes âgées, pour tout gérer ».

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