Loi santé: les blouses blanches en grève vendredi pour un « black friday »

PARIS, 11 novembre 2015 (AFP) – « Journée santé morte », « blocage sanitaire », « black friday »… tous les professionnels de santé sont invités à faire grève vendredi contre le projet de loi de Marisol Touraine et le tiers payant généralisé, les syndicats de médecins libéraux jouant la carte de l’unité.

Généralistes, spécialistes et chirurgiens (CSMF, MG France, FMF, SML, Bloc) font front commun avant le retour du projet de loi santé en deuxième lecture à l’Assemblée nationale lundi prochain, rejoints par d’autres professionnels, comme les dentistes ou les infirmiers libéraux.

Des cabinets seront fermés, des opérations programmées dans les établissements privés annulées et les urgences pourront être redirigées vers l’hôpital public.

« Il y aura des blocages sérieux dans certaines villes où les médecins sont extrêmement motivés », comme à Toulouse, Lyon ou Grenoble, estime Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), qui « lutte » contre un texte visant à « réduire en miettes la médecine libérale et l’hospitalisation privée ».

Le ministère de la Santé a assuré avoir pris toutes les dispositions pour que « chaque patient puisse être pris en charge dans de bonnes conditions ».

Mais la Fédération hospitalière de France fustige ceux « qui font fi de leurs obligations » et laisseront « seuls les hospitaliers publics répondre aux besoins de santé des Français ».

L’objectif de la grève ? « Montrer clairement à toute la France que le monde des libéraux est réveillé et ne laissera pas passer (le projet de Marisol Touraine) sans rien faire » explique Eric Henry, président du Syndicat des médecins libéraux.

La mobilisation prendra diverses formes (grève des gardes, opérations escargot, rassemblements à partir de vendredi, manifestation devant l’Assemblée lundi) et se poursuivra « en fonction de ce top départ d’un mouvement unitaire massif », prévient Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF.

Les plus radicaux, comme le Bloc ou l’association de médecins UFML, appellent déjà à un arrêt d’activité « de plusieurs jours », afin de montrer « ce qui se passera demain » avec l’application de la loi.

Mais c’est surtout la généralisation du tiers payant à tous les assurés d’ici à 2017 qui est dans le viseur des praticiens depuis plus d’un an.

Concrètement, les patients n’auront plus à avancer les frais d’une consultation, les médecins étant remboursés directement par l’assurance maladie et les mutuelles.

– Peser sur les décrets –

Mesure de « justice sociale » ou « usine à gaz » ? Les médecins, qui redoutent des retards de paiement et de nouvelles tracasseries administratives, ont tranché depuis longtemps.

S’ils se disent favorables à un « tiers payant social » pour les patients les plus modestes (bénéficiaires de la CMU-C ou de l’aide à la complémentaire santé), ils appellent à refuser son application à tous.

« Nous ne le ferons pas. Nous ne pouvons pas gérer la complexité du système d’assurance maladie », résume Claude Leicher, rappelant qu’il existe plus de 500 complémentaires santé.

Le gouvernement a toujours promis que le dispositif serait « simple ». Mais le rapport commandé aux organismes d’assurance maladie, qui avaient jusqu’au 31 octobre pour proposer des pistes de mise en oeuvre, se fait toujours attendre.

A défaut de pouvoir empêcher le vote du texte, les médecins espèrent bien peser sur les décrets d’application.

Il leur faudra d’abord renouer le dialogue avec le gouvernement. Non contents de boycotter la grande conférence de santé voulue par le Premier ministre Manuel Valls le 11 février, les syndicats organiseront le même jour des « Assises de la médecine libérale » afin de présenter un socle commun de propositions en vue de leurs négociations avec l’Assurance maladie en 2016.

« Cela n’est jamais arrivé dans l’histoire du syndicalisme médical », insiste Jean-Paul Hamon (Fédération des médecins de France).

L’unité affichée en mars dernier, quand plus de 20.000 blouses blanches avaient défilé dans Paris, s’était retrouvée fragilisée à l’approche des élections professionnelles en octobre. Reste à voir si les médecins parviendront à surmonter leurs divergences après le vote de la loi.