Loi travail: à Nantes, les jeunes à l’offensive contre « la précarité à perpétuité »

NANTES, 31 mars 2016 (AFP) – C’est un cortège massif, impressionnant, mêlant ouvriers et lycéens, salariés et étudiants – 12.000 selon la police, 30.000 selon les organisateurs – qui a défilé à Nantes jeudi pour dire non à la loi travail et à la « précarité à perpétuité », et des heurts ont émaillé les marges du cortège.

Dès le matin, positionnés bien avant la tête du cortège encore immobilisée, plusieurs dizaines de jeunes cagoulés sont déjà prêts à partir, des pierres, des bouteilles en verre à la main et même une raquette de tennis. Quelques fumigènes partent.

Et ce sont les jeunes qui prennent la tête du cortège, peu avant 11h00, derrière la banderole: « Futurs travailleurs sociaux, pas des robots », en scandant: « Résistance! ».

« On est arrivés à 06H00. On a bloqué le lycée puis on est venus en cortège avec deux autres lycées pour demander le retrait du projet de loi », explique Lucie, 18 ans, lycéenne aux Bourdonnières. « C’est dégueulasse de travailler plus pour gagner moins. Et que ce soit un gouvernement de gauche qui nous ponde ça, c’est encore pire ».

Scolarisé dans le même lycée, Guillaume renchérit: « Avec cette loi, ce serait le patronat qui l’emporterait sur les salariés (…) C’est notre avenir, c’est à nous de nous mobiliser maintenant pour notre futur (…), on continue le mouvement si le gouvernement ne cède pas ».

« J’espère que la loi ne va pas passer. Ils auront beau nuancer quelques trucs, elle reste mauvaise, (…) toujours plus pour les riches », assure Nour, 16 ans.

Sur les pancartes qui émaillent le cortège, où se distinguent les dockers CGT du port de Nantes-Saint-Nazaire ou encore des salariés d’Airbus Industrie, on peut lire: « Travaille d’abord, tu t’amuseras ensuite », « Un grand bond en avant vers le XIXe siècle », « On ne veut pas perdre notre vie à la gagner », « El Khomrira bien qui rira le dernier » ou encore « La nuit c’est pour baiser pas pour travailler ». Les drapeaux de la CGT, de SUD et de FO flottent au vent.

– « Éviter la casse » –

Un hélicoptère survole le centre-ville. Une jeune manifestante crie, à l’adresse des forces de l’ordre: « CRS avec nous, des câlins et des bisous ».

Devant les deux banderoles de tête, qui proclament « Les travailleurs-euses de demain disent stop » et « Loi travail-Précarité à perpétuité », de nombreux gilets jaunes, membres du service d’ordre lycéen, lancent des: « On reste calme! » et invitent à « rester derrière les banderoles » pour « éviter la casse ».

Mais, rapidement après le début du défilé, peu avant 12h00, place Graslin devant l’opéra, plusieurs dizaines de jeunes, le visage dissimulé, lancent divers projectiles. Les forces de l’ordre répliquent avec des gaz lacrymogènes qui submergent rapidement la place. Le cortège se remet en route en direction du CHU.

Plus loin dans le défilé, des salariés – ouvriers, agents municipaux, employés bancaires ou de la fonction publique – progressent dans une ambiance beaucoup plus tranquille, au bruit de la sono et de chants révolutionnaires.

« C’est un projet de loi qui casse tous les droits des salariés, c’est un gros recul. Il est important de profiter de notre liberté et de dire aujourd’hui qu’on n’est pas d’accord, tant qu’on peut le dire », assure Marie, salariée de la ville de Nantes. Cette manifestation, « c’est un succès, mais ce n’est pas avec ça qu’on va gagner et faire reculer le gouvernement », juge-t-elle.

Pendant ce temps, près de la gare, puis du château des Ducs de Bretagne et du centre ville, les face à face entre jeunes manifestants et force de l’ordre ne cessent de se répéter.

Cibles de projectiles, pierres, bouteilles de verre notamment, les forces de l’ordre répliquent par de très nombreuses salves de grenades lacrymogènes.

Des vitrines sont brisées, des poubelles incendiées nécessitant l’intervention des pompiers. Palissades, engins de chantier, poubelles, barrières servent aux manifestants à dresser de fragiles et éphémères barricades.

Et place du Commerce, des badauds jusque-là restés attablés aux terrasses ensoleillées des cafés doivent précipitamment quitter leurs verres quand le centre ville est plongé dans un nuage de gaz lacrymogènes.

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