Loi travail : à onze jours de l’Euro, où en est-on de la crise ?

PARIS, 31 mai 2016 (AFP) – A onze jours de l’ouverture de l’Euro de foot, quelle issue le gouvernement peut-il envisager à la contestation contre la loi travail, qui dure depuis trois mois et à laquelle se mêlent des revendications catégorielles? Peut-il compter sur une démobilisation? Sur une inflexion de la CGT?

QUESTION – Que peut faire le gouvernement d’ici au passage du texte au Sénat?

REPONSE – Le texte arrive au Sénat le 13 juin avec un vote prévu le 28. Difficile de penser que le gouvernement restera inactif d’ici là. Reculer serait « une faute politique », a martelé Manuel Valls mardi. Le texte « ne sera pas retiré » et les « principes de l’article 2 », qui instaure la primauté des accords d’entreprise sur la branche, en matière de temps de travail, « seront maintenus », a assuré François Hollande.

Mais derrière les « principes », on discute des modalités. Le rapporteur du texte à l’Assemblée, Christophe Sirugue (PS), a de nouveau évoqué mardi un « compromis » sur l’article 2 avec un « avis a priori » des branches sur les accords négociés en entreprise. Une piste déjà lancée… la veille du recours au 49-3 à l’Assemblée. Au passage, l’exécutif semble compter sur la droite sénatoriale, qui va durcir le texte, pour remettre le clivage droite-gauche au centre des débats et faire réfléchir les opposants de gauche.

Q – La CGT a-t-elle infléchi sa position?

R – « Quand on se parle, c’est quand même mieux »: le ton du leader de la CGT Philippe Martinez a semblé s’adoucir après un appel de Manuel Valls samedi. De là à conclure que la CGT, la plus apte à mobiliser, est prête à négocier sur le texte, il y a un pas. Philippe Martinez répète qu’il faut « retirer » la loi et juge « quatre articles majeurs » inacceptables, dont le fameux article 2. Et avec les autres syndicats anti-loi travail, la CGT donne un prochain rendez-vous dans la rue le 14 juin.

Q – Comment éviter une multiplication des fronts?

R – Le gouvernement semble décidé à éviter l’ouverture de nouveaux fronts, quitte à essuyer les critiques. « Noël est en mai », a dénoncé le président du Sénat Gérard Larcher (LR). Régime « dérogatoire » des routiers sur les heures supplémentaires, pressions sur les négociations entre la SNCF et les cheminots, revalorisation des enseignants: l’exécutif tente de faire baisser la pression. Une annonce est aussi attendue jeudi en faveur des communes. « Les choix que nous faisons sur les fonctionnaires, les enseignants (…), c’est aussi un moyen de convaincre tous ceux qui doutent », a plaidé Manuel Valls devant les députés PS, selon un participant. Il s’est aussi engagé à « prendre en charge certaines mesures » de l’accord sur l’indemnisation chômage des intermittents.

Q – A quelles mobilisations peut-on s’attendre?

R – L’opposition à la loi travail se poursuit par des blocages de sites ou des grèves dans les raffineries, dont six sur huit restent « à l’arrêt ou au ralenti », selon la CGT pétrole.

La contestation a gagné le secteur des déchets, avec des blocages de centres de traitement en région parisienne ou du ramassage des ordures à Saint-Etienne.

Côté énergie, la FNME-CGT appelle à mobiliser à nouveau jeudi.

Ailleurs, à la SNCF, la RATP ou la DGAC, les conflits portent paradoxalement plus sur des revendications catégorielles (conditions de travail, salaires) que sur la loi travail. A la SNCF, CGT, SUD et Unsa appellent à la grève illimitée à partir de mardi soir, avec de fortes perturbations attendues. Et la CGT de la RATP à partir de jeudi.

Dans le ciel, les syndicats de la Direction générale de l’aviation civile (contrôleurs aériens notamment) ont annoncé une grève de vendredi à dimanche pour défendre l’emploi et les indemnités des agents, mais une réunion mardi pourrait changer la donne.

A Air France, les adhérents du premier syndicat de pilotes ont voté le principe d’une grève contre des baisses de rémunération notamment, sans date arrêtée.

Q- Comment s’organisent les grévistes pour tenir?

R – L’impact de la grève dans les raffineries se fera sentir sur le salaire de juin, explique Franck Manchon, coordinateur FO chez Total, et « ça va être très difficile ». « On va faire un appel aux dons et solliciter la fédération (FO Chimie) » car les fédérations « ont des caisses de grève ».

Selon Emmanuel Lepine, responsable CGT de la branche pétrole, « plusieurs caisses de solidarité ont été lancées, dont une confédérale et d’autres sur les sites en grève ».

Il a évalué « en moyenne entre 1.000 et 1.500 euros les pertes de salaire des techniciens et ouvriers » des raffineries en grève.

Sur le site Le pot commun, un appel à la solidarité avec les grévistes a été lancé par le syndicat Info’Com CGT. Deux cagnottes ont été ouvertes sur la plateforme Leetchi pour ceux des raffineries de Grandpuits (Seine-et-Marne) et Feyzin (Rhône).

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