Loi travail: des débats qui piétinent à l’Assemblée, entre interruptions de séance et report de votes

PARIS, 9 mai 2016 (AFP) – Les débats sur la loi travail à l’Assemblée ont semblé faire du sur place lundi en début de soirée, émaillés par plusieurs interruptions de séance, le report des votes sur les amendements, et surtout la menace du 49.3, rendant les discussions un peu hors-sol.

Après l’annonce par la ministre du Travail de « la réserve des votes jusqu’à nouvel ordre », dès l’examen des amendements au premier article du texte controversé, illustrant d’emblée les fortes incertitudes sur la majorité, le recours à cet outil de procédure a été au coeur de nombreuses interventions.

Le chef de file des socialistes « frondeurs » Christian Paul s’est notamment dit « extrêmement surpris » de ce procédé repoussant le vote décidé par Myriam El Khomri. « S’il n’y a pas de majorité sur l’article 1, que cela soit vérifié », a-t-il lancé à l’adresse du gouvernement.

« On se demande ce qu’on fait là. Ca ressemble à un simulacre », a aussi lancé la « frondeuse » Aurélie Filipetti, pour qui alors que cette loi doit favoriser le dialogue social, c’est une « réduction du dialogue parlementaire! »

« Simulacre » dénoncé aussi par la droite, le Front de gauche et des écologistes, Isabelle Attard appelant notamment à ce qu’on « l’abrège ».

« C’est le gouvernement qui fait traîner délibérément les débats pour justifier le recours au 49.3 qui est un déni de démocratie assez grave », a aussi jugé l’écologiste Eva Sas, rappelant au passage auprès de l’AFP le précédent du CPE où la mobilisation s’était poursuivie malgré le passage en force du gouvernement aboutissant à son abandon.

« Quelle est la raison exacte de la réserve du gouvernement qui interdit aux députés de voter les amendements? », a aussi demandé Isabelle Le Callennec (LR), pour qui le déficit de majorité n’est pas surprenant, François Hollande n’ayant « pas été élu » sur ce projet.

L’ex-socialiste Pouria Amirshahi a fait valoir dans un communiqué titré « les députés ne sont pas les bouffons du roi » que le procédé traduisait un « mépris » du gouvernement qui à ses yeux « glisse toujours plus dans une dérive autoritaire entamée depuis voilà de nombreux mois ».

Dans un hémicycle à l’ambiance un peu étrange, sous la présidence de David Habib (PS), la ministre du Travail a défendu la « réserve », soulignant à l’attention de la droite que « la précédente législature l’a utilisée à 20 reprises ».

Plusieurs interruptions de séance ont aussi eu lieu au cours de l’après-midi, à l’appel de la ministre, mais aussi du Front de gauche qui a envisagé de quitter les débats suite à la « réserve » ou encore des élus LR.

Quelques digressions ont aussi agrémenté les discussions, comme des évocations du « textile en Roubaisie ».

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