Loi travail: pour tenter de sortir du conflit, le gouvernement reçoit les jeunes

PARIS, 6 avril 2016 (AFP) – « Faciliter l’insertion professionnelle des jeunes » et « lutter contre la précarité »: les organisations de jeunesse, à la pointe du mouvement contre la loi travail entré dans sa cinquième semaine, demandent des mesures concrètes au gouvernement, qui les reçoit mercredi.

L’Union nationale des étudiants de France (Unef), syndicat très investi dans la mobilisation, ouvrira le bal des discussions, dès 12H00 au ministère de l’Education nationale avec Najat Vallaud-Belkacem mais aussi son collègue chargé de la Jeunesse Patrick Kanner et, surtout, l’auteure du projet contesté de réforme du code du travail, Myriam El Khomri.

« La mobilisation peut durer », prévient d’ores et déjà William Martinet, président du principal syndicat étudiant, qui rappelle que les organisations ont « des contre-propositions » sur la loi travail et plus largement sur la jeunesse.

L’Unef, prête à poursuivre la contestation, ne voit pas pourquoi elle reculerait alors que les jeunes n’ont « pas de droits sociaux, pas le RSA parce qu’ils ont moins de 25 ans, pas d’allocations chômage et pas de droit à un emploi stable », égrène son leader.

La Fédération des associations générales étudiantes (Fage), deuxième organisation étudiante qui ne s’oppose pas, elle, à la nouvelle mouture de la loi travail, demande toutefois de nouvelles mesures pour « lutter contre la précarité des jeunes », « faciliter leur insertion sociale et professionnelle » ou « améliorer la prise en compte des jeunes dans l’élaboration des politiques publiques ».

« Les prochaines séquences politiques » devront donner « pleinement la priorité à la jeunesse », insiste son président Alexandre Leroy, qui sera reçu à 13H30.

Dans l’après-midi, ce sera au tour des organisations lycéennes (SGL, UNL et Fidl) de rencontrer les ministres.

En attendant, la mobilisation pour demander le retrait de la réforme continue. Les manifestations de mardi, à l’appel des seules organisations de jeunesse, ont été en demi-teinte avec 23.800 personnes dans toute la France, selon la police, et à nouveau émaillées d’incidents et d’interpellations.

– Eteindre la contestation –

Une intersyndicale réunissant les organisations de travailleurs opposées à la loi (CGT, FO, FSU, Solidaires), étudiants (Unef) et lycéens (UNL, Fidl) doit se tenir mercredi soir pour préciser les modalités d’une nouvelle manifestation prévue samedi, commune aux jeunes et aux salariés.

Parallèlement, le mouvement « Nuit debout », qui se veut citoyen, se poursuit chaque soir place de la République à Paris et a commencé à s’étendre à plusieurs villes de province.

Du côté du gouvernement, on rappelle que le projet de loi est déjà à l’étude depuis mardi en commission à l’Assemblée nationale. Est-il trop tard pour éteindre la contestation ou bien des avancées sur d’autres dossiers pourraient-elles contenter les organisations de jeunesse?

Au cours des discussions, « les ministres n’aborderont pas seulement la question du projet de loi travail et ses aménagements », explique-t-on dans l’entourage de la ministre de l’Education nationale. « Les préoccupations de la jeunesse sont plus larges », plaide-t-on rue de Grenelle, et même s' »il est trop tôt pour préciser les mesures, la question de l’insertion professionnelle et de la précarité des jeunes sera abordée ».

L’enjeu mercredi pour les trois ministres est de « mettre l’ensemble des sujets sur la table pour améliorer le quotidien des jeunes », dit-on encore dans l’entourage de Najat Vallaud-Belkacem. « L’objectif c’est que sorte de ces discussions un compromis dans lequel les jeunes de ce pays se retrouvent. »

Selon des sources proches du dossier, les ministres seraient prêts à discuter de plusieurs points, avant un arbitrage du Premier ministre Manuel Valls la semaine prochaine.

Parmi ces revendications figurent la surtaxation des CDD, la poursuite du versement des bourses quelques mois entre l’obtention du diplôme et le premier emploi, l’augmentation du nombre de place en BTS, une hausse de la rémunération des apprentis, précisent ces sources.

Reste à savoir si dans un contexte de crise économique et de restriction budgétaire, l’Etat pourra disposer d’une enveloppe suffisante pour financer ces mesures.

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