Macron attendu au tournant par les soignants sur la réforme des hôpitaux

PARIS, 15 mai 2020 (AFP) – Après plusieurs semaines de tractations, le gouvernement a arrêté vendredi les détails de la « prime Covid » promise au personnel hospitalier, première étape d’une politique de revalorisation des carrières pour laquelle le chef de l’Etat est néanmoins attendu au tournant.

Promise fin mars par Emmanuel Macron, mais suspendue depuis lors à la publication d’un décret, la prime sera versée à « l’ensemble des professionnels des établissements publics de santé » mobilisés « face à l’épidémie », a annoncé vendredi le ministère de la Santé.

Cette récompense, défiscalisée et exemptée de cotisations sociales, atteindra 1.500 euros pour les soignants qui ont travaillé dans les départements les plus touchés ou dans des hôpitaux ayant accueilli des malades. Pour les autres, elle sera de 500 euros.

Quarante départements sont concernés par la prime de 1.500 euros : ceux des régions Ile-de-France, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté et Hauts-de-France, mais aussi quatre départements d’Auvergne-Rhône-Alpes (Drôme, Loire, Rhône, Haute-Savoie), les Bouches-du-Rhône, l’Eure-et-Loir, la Corse-du-Sud, la Haute-Corse et Mayotte.

« Les agents bénéficiaires de la prime la percevront dans les meilleurs délais », à savoir dès la fin mai « dans les établissements où les conditions techniques sont réunies », et « en juin dans les autres », a souligné le ministère de la Santé.

Cette prime, dont le montant global devrait atteindre 1,3 milliard d’euros, avait été annoncée dès le début de la crise sanitaire. Mais ses modalités d’application ont fait l’objet d’intenses tractations, dans un contexte de tensions sur l’avenir de l’hôpital.

Son versement « ne doit pas devenir un solde de tout compte », a ainsi prévenu la fédération FO des Services publics et de Santé, en regrettant que la prime n’ait pas été portée « à hauteur minimale de 1.500 euros » pour tous les soignants.

Un avis partagé par la Coordination nationale infirmière, pour qui « tous les agents ont fait preuve d’une résilience hors norme ». « Une prime ne nous fera pas taire », a-t-elle averti, en appelant le gouvernement à ne pas « oublier » la question des hausses de salaire.

– « Journée de mobilisation »-

Le président de la République s’est engagé fin mars à mettre en oeuvre un « plan massif d’investissement » pour l’hôpital, comprenant une « revalorisation de l’ensemble des carrières » pour les personnels, dès que la crise sera passée.

« Il faut mettre fin » à la « paupérisation » des soignants, a-t-il répété vendredi lors d’un déplacement à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, reconnaissant une « erreur » dans la réforme du système de santé qu’il a engagée il y a deux ans.

« Oui, on va investir », a promis le chef de l’Etat, vivement interpellé par des infirmières des urgences. « On sera au rendez-vous », a-t-il insisté, affirmant avoir demandé au ministre de la Santé, Olivier Véran, « un travail express » sur le sujet.

Un message relayé par le ministère, qui s’est engagé à donner une « nouvelle impulsion aux carrières », mais accueilli avec prudence par les syndicats, alors que la France reste l’un des pays de l’OCDE où la rémunération des infirmiers est la plus faible.

Le président a « promis de +tirer toutes les conséquences+ » de la crise, ont souligné dans un communiqué commun plusieurs syndicats et collectifs hospitaliers, dont l’Amuf, la CGT et les collectifs Inter-hôpitaux et Inter-urgences. Or, « pour l’instant, nous ne nous voyons rien venir dans ce sens. Au contraire, le déconfinement et la reprise d’activité dans les établissements se mènent sans tirer les premières leçons de la gestion de la crise sanitaire », ont-ils protesté.

Signe que la pression s’alourdit sur les épaules du chef de l’Etat : ces organisations, fer de lance d’un mouvement engagé depuis un an pour obtenir davantage de moyens et de lits à l’hôpital, ont dit envisager une « journée nationale de mobilisation » pour la « mi-juin ».

« On va attendre de voir si le gouvernement tient ses engagements », a averti Asdine Aissiou, de la CGT. « Sinon la corde, qui est en train de craquer, elle va péter. Et dans la rue, il n’y aura pas que des blouses blanches, mais tous ceux qui étaient sur les balcons ».

vab/lum/bma