Macron esquisse un projet de profonde réforme de la SNCF

PARIS, 6 septembre 2017 (AFP) – Emmanuel Macron envisage une vaste réforme de la SNCF, à commencer par la suppression rapide des régimes spéciaux de retraite, un sujet très sensible pour le personnel qui doit aussi se préparer à l’ouverture à la concurrence.

Le président a dévoilé ses ambitions pour le groupe public dans un entretien avec des agents SNCF dans la revue interne du groupe, Les Infos Le Mag, relayé par Le Monde et qu’a consulté l’AFP.

Le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a cependant modéré les propos du président dans ce dossier explosif des régimes spéciaux en particulier, assurant qu’il ne s’agissait que de « pistes de réflexion ».

M. Macron défend en effet un projet de transformation profonde. « Nous demandons à SNCF d’aller plus loin sur les réformes, le statut, la mobilité, le régime de retraite », déclare-t-il dans cet entretien publié dans le numéro de juillet de la revue.

A court terme, il met l’accent sur la suppression à partir de l’an prochain des régimes spéciaux de retraite, dont bénéficient notamment les cheminots.

En échange, il propose que l’Etat reprenne la dette de la SNCF et accentue les investissements publics vers l’entretien des lignes. La SNCF ploie sous une dette de 44,9 milliards d’euros pour SNCF Réseau et 7,9 milliards pour SNCF Mobilités.

« Ce qui a été acquis dans les régimes passés reste acquis et vous cotisez à un nouveau régime. Je pense que c’est très important, parce que cela va redonner de la confiance dans le système », déclare M. Macron, évoquant un « top départ » de la réforme à la mi-2018 ou début 2019.

« Pas d’emballement », a commenté M. Castaner, assurant qu’aucun arbitrage n’avait été rendu et qu’il n’existe « aucune annonce particulière ni d’élément de calendrier nouveau ».

La réforme du régime spécial des cheminots fait partie de « l’ensemble du projet de réforme des retraites » qui fera l’objet « d’une loi cadre présentée à l’été 2018, avec une montée en puissance dans les 10 ans qui viennent », a-t-il ajouté.

L’entretien de M. Macron émerge à deux semaines du lancement par le gouvernement des Assises de la mobilité, qui doivent aboutir à une loi de programmation début 2018.

Pour la CGT-Cheminots, cet article « resurgit » surtout « au moment où les cheminots se préparent à participer à l’action du 12 septembre » contre les ordonnances réformant le code du Travail.

C’est un « contre-feu », « un piège tendu » dans lequel « les cheminots et la CGBT ne tomberont pas », a réagi dans un communiqué le premier syndicat de la SNCF.

– « Sauver le soldat SNCF » –

Le président aborde également la fin prochaine du monopole de la SNCF au moment où deux sénateurs ont présenté mercredi une proposition de loi qu’ils espèrent voir débattue avant la fin de l’année.

« Je pense que si SNCF, avec toute la force que vous représentez, sait s’adapter, elle sera le champion (de la concurrence, ndlr). (…) La concurrence va aider SNCF dans les évolutions qui sont déjà en cours », estime M. Macron.

Pour les sénateurs Hervé Maurey (UDI) et Louis Nègre (LR), cette ouverture doit permettre d’améliorer le service offert aux voyageurs, et est « indispensable pour sauver le soldat SNCF ».

Ils jugent « impératif de définir le cadre de cette réforme majeure au plus vite, pour permettre aux différents acteurs, dont l’opérateur historique, de s’y préparer dans les meilleures conditions ».

L’Europe prévoit une ouverture à la concurrence le 3 décembre 2019 pour les TER et trains d’équilibre du territoire gérés par les régions et l’Etat, et à partir du 1er janvier 2019, pour une application effective à partir de 2021, pour les TGV. Cette décision européenne doit se traduire par une loi dans le droit français.

Le chef d’Etat marque encore son souhait de transformer à plus long terme la SNCF en « entreprise d’agrégation de mobilités », autrement dit ouverte à d’autres domaines de transports que le chemin de fer, reprenant là un discours de son président Guillaume Pepy.

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