Macron et Philippe déjà tournés vers l’après-5 décembre

PARIS, 29 novembre 2019 (AFP) – De plus en plus prudent sur la réforme des retraites, l’exécutif s’organise pour affronter un jeudi noir le 5 décembre mais s’active tous azimuts pour éviter que le mouvement ne se développe en crise sociale d’ampleur.

L’Elysée comme Matignon ne doutent pas que la mobilisation sera massive jeudi prochain, et probablement vendredi, en particulier dans les transports.

« Le gouvernement mettra tout en oeuvre pour accompagner au mieux les Français », a assuré le Premier ministre Edouard Philippe.

Il a donc convoqué vendredi après-midi à Matignon des ministres-clés pour organiser les services d’urgence en cas de blocage du pays. Seront notamment présents Agnès Buzyn (Santé), Christophe Castaner (Intérieur), Muriel Pénicaud (Travail), Gérald Darmanin (Budget), Elisabeth Borne et Jean-Baptiste Djebbari (Transports).

Au-delà, la question est de savoir si la mobilisation durera après le week-end et si elle s’étendra au delà de quelques catégories.

« Si beaucoup de fonctionnaires, étudiants, enseignants ou infirmières s’y joignent, elle ne sera plus interprétable comme une défense des régimes spéciaux, ce qui changera tout pour le gouvernement », explique le politologue Bruno Cautrès. Autre question: « Restera-t-elle cantonnée aux retraites ou débordera-t-elle sur l’assurance-chômage ou le pouvoir d’achat? ».

A J-6, les dernières informations vont en ce sens. La CGT annonce « plus de 150 manifestations » en France, et rappelle que des appels à la grève ont été lancés à EDF, dans les raffineries, chez les enseignants ou les éboueurs.

Et quid de la journée d’action des « gilets jaunes » prévue le samedi 7 décembre, un an exactement après le pic de leur mouvement?

– « droit dans ses bottes » –

Dans ce contexte explosif, la majorité a cherché cette semaine à « apaiser », après avoir dénoncé ceux qui se mobilisent pour « la défense de leurs acquis ».

« On nous a suffisamment reproché la verticalité » durant les 18 premiers mois du quinquennat « pour que nous assumions de prendre le temps de discuter », a insisté Edouard Philippe.

La conduite de la réforme des retraites, « c’est l’application de la méthode de l’acte 2 du quinquennat », explique-t-on à l’Elysée, où l’on revendique une plus grande écoute et la prise en compte de la vie quotidienne des Français.

Mais pour l’expert Jean-Daniel Lévy, d’Harris Interactive, « le plus ennuyeux pour le gouvernement est l’absence de la perception de dialogue. Emmanuel Macron est suspecté de ne pas être vraiment sincère et d’être toujours vertical », davantage « soucieux d’appliquer son projet présidentiel que de le faire évoluer ».

Pour tenter de répondre à l’anxiété grandissante des Français sur son projet, l’exécutif a décidé d’accélérer le calendrier. Il promet désormais que la concertation sur la réforme s’achèvera « le 9 ou le 10 décembre » et que le projet de loi sera présenté « dans les jours qui suivront ».

Selon un sondage Odoxa vendredi pour Le Figaro et Franceinfo, 65% des Français s’attendent à un conflit long. « Fatalistes, les Français semblent anticiper en ce mois de décembre un +Revival+ de 1995 avec un Macron +droit dans ses bottes+ face à une France paralysée », prévoit Gaël Sliman, le président d’Odoxa.

A l’automne de 1995, une forte mobilisation avait poussé le gouvernement du Premier ministre Alain Juppé à faire d’importantes concessions sur sa réforme des retraites.

Près d’un quart de siècle plus tard, ce souvenir reste vivace et, selon un ministre, Matignon « regarde très précisément ce qu’il s’est passé à l’époque, jour après jour, pour éviter que ça se reproduise ».

Emmanuel Macron comme Edouard Philippe ont d’ores et déjà prévenu que la réforme, présentée comme « emblématique du quinquennat », irait à son terme. « Nous ne transigerons pas sur l’objectif », a martelé le Premier ministre, en assurant ne pas être « tétanisé » à l’approche du 5 décembre.

« Si ça passe, ça créditera notre bilan réformateur pour 2022 », date de la présidentielle, souligne un membre de la majorité. « Après, la droite pourra se lever tôt pour nous donner des leçons », ajoute-t-il.

Pour l’expert Bruno Cautrès, « l’enjeu crucial pour Emmanuel Macron est de continuer à apparaître comme un réformateur », même si, selon lui, « les retraites risquent d’être la dernière grande réforme du quinquennat ».

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