Manurhin, emblème de l’armement français, en difficulté

MULHOUSE, 12 juillet 2017 (AFP) – L’avenir de Manurhin est fortement menacé faute de financements extérieurs que sa direction impute aux blocages de son actionnaire slovaque, a-t-on appris mercredi lors de l’assemblée générale de l’entreprise à Mulhouse (Haut-Rhin).

L’entreprise, seule entreprise française à produire des machines de fabrication de munitions emploit 190 salariés.

Elle a subi une chute de moitié de son chiffre d’affaires l’an dernier, à 31 millions d’euros, et une perte de 16,5 millions d’euros, a annoncé sa direction.

Cette situation a entraîné son placement en procédure de sauvegarde depuis le 7 juin et 120 salariés ont été mis en chômage partiel sur les 175 du site de production mulhousien depuis début juillet, a-t-elle précisé.

La direction fait état de l’impossibilité d’accéder à des prêts bancaires depuis plus d’un an pour des raisons « administratives » imputables à Delta Defence, groupe slovaque d’armement actionnaire à 34 %.

La banque publique d’investissement bpiFrance avait conditionné son concours financier en complément de la Banque populaire, imposant de connaître l’identité exacte des propriétaires des principaux actionnaires « et nous n’avons jamais pu obtenir de Delta Defence ces éléments administratifs », a exposé Rémy Thannberger, président du directoire.

La Banque populaire avait donné son « accord de principe » à un prêt au printemps 2016.

« Cette absence de moyens a conduit à ralentir brutalement notre production », malgré un carnet de commandes très rempli, 92 millions d’euros aujourd’hui, a-t-il ajouté.

Une situation « saugrenue » car « on demande juste des cartes d’identité » et la position de Delta Defence est « perdante-perdante », a critiqué Bertrand-Louis Pflimlin, président du conseil de surveillance de Manurhin.

L’actionnaire slovaque avait refusé une augmentation de capital l’an dernier. « Veut-il tuer l’entreprise ? », s’est interrogé M. Pflimlin.

Delta Defence « ne veut pas la mort de Manurhin » et ne souhaite céder ses parts mais « cherche à reprendre une part active dans le management » dont il a été évincé en 2014, a déclaré Me Jean-David Cohen, son représentant.

Le représentant de Delta Defence a imputé la situation financière au « management actuel », exprimant des « doutes » sur le fait que la cause invoquée soit « l’unique » raison du non-financement de bpiFrance.

Il a rappelé que celle-ci s’est retirée du capital de Manurhin début 2016.

Selon M. Thannberger, l’actuelle direction a « fait la démonstration » de la viabilité de Manurhin, rappelant la hausse de chiffre d’affaires et les bénéfices enregistrés de 2013 à 2015.

Longtemps célèbre pour ses revolvers qui ont équipé les forces de l’ordre, Manurhin s’est reconvertie à la fin des années 1990 dans les machines de munitions.

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