Marseille: victoire partielle pour les salariés de six « McDo »

MARSEILLE, 7 septembre 2018 (AFP) – Vent debout contre la cession de leur restaurant pour en faire un halal asiatique, les 77 salariés d’un McDonald’s des quartiers Nord de Marseille ont gagné en justice vendredi. Une joie atténuée par le feu vert au changement de franchisé de cinq autres McDo de l’agglomération.

« On a gagné, on a gagné ! »: à 14h30, la trentaine de salariés du McDo de Saint-Barthélémy présents explosent de joie en apprenant la nouvelle par un texto de leur avocat, Me Ralph Blindauer: le juge des référés du Tribunal de grande instance de Marseille interdit la cession de leur établissement à la société Hali Food, sous peine d’astreinte de 500.000 euros. Fin donc de ce projet de reprise qualifié de « fictif » et « d’escroquerie » par l’avocat lundi à l’audience.

Mais l’excitation retombe quand les détails de la décision apparaissent: si la cession du McDo de « Saint-Barth » est bloquée, la vente à un autre franchisé McDonald’s de cinq autres restaurants de Jean-Pierre Brochiero, l’actuel franchisé du géant américain du fast food, est elle autorisée.

Mais Me Blindauer a maintenant l’intention d’agir sur le fond pour bloquer la cession de ces cinq restaurants, à Marseille, Vitrolles ou Plan-de-Campagne: « Le dossier de cession a toujours été présenté comme un tout par McDonald’s même, il n’est pas possible de scinder ce projet », explique-t-il à l’AFP.

Vendredi les salariés espéraient la présence des élus locaux, comme la sénatrice socialiste Samia Ghali, qui avait qualifié ce projet de cession du McDo de Saint-Barthélémy de « petit Florange ». Mais il n’y a finalement qu’une trentaine de voisins, et de nombreux journalistes, dont une reporter de la radio publique américaine venue couvrir ce curieux combat de salariés français décidés à sauver leur McDo, pourtant symbole d’une « malbouffe » très critiquée.

– « Un feu d’artifice à l’intérieur » –

A distance, deux heures auparavant, depuis le Vieux Port, Jean-Luc Mélenchon, le leader de la France Insoumise, avait apporté son soutien aux salariés de ces six restaurants en lutte venus le rencontrer: « Comment une grande multinationale peut-elle transformer en pions des gens qui travaillent en se donnant de toute leur force depuis 20 ans ? »

« Parce que ces deux là (M. Macron et Mme Merkel) le permettent ! », répond-il, lors d’un rassemblement en marge de la rencontre prévue dans l’après-midi entre le président français et la chancelière allemande dans la cité phocéenne.

Heureux de leur victoire, les salariés du McDo de Saint-Barthélémy pensent maintenant à leurs 300 camarades des cinq autres restaurants promis à la cession, sous l’égide d’un nouveau franchisé. « C’est une demi-victoire », concède Kamel Guemari, sous-directeur du McDo de Saint-Barthélémy et délégué FO. « Mais nous allons nous battre avec eux, car le but de McDonald’s France est clair, profiter du changement de franchisé pour se débarrasser d’un bastion syndical et pratiquer tranquillement le dumping social », explique-t-il, en détaillant les avantages obtenus au fil des années par les salariés de ces six restaurants.

Pas de réaction par contre vendredi de la part de Jean-Pierre Brochiero, l’actuel franchisé. Ni de McDonald’s France, qui avait dénoncé mercredi auprès de l’AFP « un contexte de tensions, de menaces, parfois même de violences, (…) avec beaucoup de désinformation ».

Les larmes aux yeux, Samira, 45 ans, préparatrice en pharmacie et habitante du quartier, est venue fêter la victoire des McDo de Saint-Barth: « C’est un feu d’artifice à l’intérieur, je suis si heureuse pour eux, c’est le début de la fin du cauchemar », explique cette mère de famille qui vient souvent manger ici avec ses enfants. « Surtout quand la cantine scolaire est en grève, le McDo en fait c’est la cantiné privée », explique-t-elle.

Mais même pour les salariés de Saint-Barthélémy, le combat continue. Avec notamment une rencontre qui était prévue vendredi à 18h00 à la Préfecture des Bouches-du-Rhône avec un proche collaborateur du président de la République. Si le projet Hali Food est tombé à l’eau, reste à trouver un autre repreneur, à moins que McDonald’s France décide finalement de garder cette enseigne.

ol/tho