Matignon refuse de classer le Tripode de Nantes en site amianté

NANTES, 23 mars 2017 (AFP) – Le Premier ministre Bernard Cazeneuve a refusé « en l’état » de classer comme site amianté l’ancienne tour Tripode de Nantes, un bâtiment administratif bourré d’amiante rasé en 2005, dans lequel ont travaillé 1.800 fonctionnaires, a-t-on appris jeudi de sources concordantes.

« L’arbitrage du Premier Ministre concernant le classement du Tripode a été rendu le 21 mars 2017. C’est non! », a annoncé dans un communiqué l’intersyndicale CGT-CFDT-FO-Solidaires-Unsa des « amiantés du Tripode », évoquant « une immense déception ».

Immeuble de dix-huit étages inauguré en 1972 sur l’île Beaulieu à Nantes, le Tripode a vu défiler pendant vingt ans 1.800 fonctionnaires, issus de l’Insee, du Trésor public, du ministère des Affaires étrangères et d’un restaurant inter-administratif. Évacué de ses occupants en 1993, délesté de 350 tonnes d’amiante, il avait été rasé le 27 février 2005.

Son classement en site amianté permettrait aux 20% d’agents encore actifs -soit moins de 400 personnes- de bénéficier d’un départ en pré-retraite amiante.

Dans un courrier daté de mardi, Bernard Cazeneuve informe avec « regret » le secrétaire général de l’Unsa « qu’un tel classement n’est pas possible en l’état actuel de la législation », selon une copie parvenue à l’AFP.

La législation « n’ouvre en effet un droit à un départ anticipé qu’aux agents publics des ministères de la Défense et de la Mer qui ont été appelés à manipuler directement de l’amiante dans le cadre de leurs fonctions ainsi qu’aux agents publics qui sont atteints d’une maladie professionnelle liée à l’amiante », explique le Premier ministre dans sa lettre.

M. Cazeneuve laisse cependant entrevoir la possibilité d’une modification de la législation, « s’il s’avérait que l’exposition constatée était d’un niveau exceptionnel pour un bâtiment administratif et en tout point comparable à ceux d’agents ayant été conduits à manipuler de l’amiante dans le cadre de leurs fonctions ».

Le Premier ministre a donc « décidé de mandater l’Inspection générale des Affaires sociales » (Igas), pour qu’elle compare la situation des personnels du Tripode « avec d’autres situations d’exposition à l’amiante, en particulier dans le secteur privé ».

« Cette mission doit travailler au plus vite », a réagi l’intersyndicale, qui a d’ores et déjà prévu une nouvelle manifestation devant le site nantais du ministère des Affaires étrangères, le 28 mars.

Interdit depuis 1997, l’amiante serait responsable chaque année de plus de 3.000 décès. Selon les autorités sanitaires, ce matériau isolant pourrait provoquer jusqu’à 100.000 décès d’ici à 2025, les maladies pouvant survenir jusqu’à 40 ans après l’exposition.

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