Me Jean-Marc Denjean, huit ans de bataille judiciaire avec les « Molex »

TOULOUSE, 21 octobre 2016 (AFP) – Un « joueur d’échecs » qui a mis dans ce dossier un « supplément d’âme »: derrière la longue bataille des « Molex » se profile un avocat, Me Jean-Marc Denjean, plaideur qui écume depuis des années les prud’hommes de Toulouse.

« J’ai tout de suite été très sensible à cette affaire », rapporte-t-il aujourd’hui, dans son cabinet du centre-ville de Toulouse. « J’ai pu faire autre chose que simplement du droit: il y avait une stratégie à conduire, il fallait parvenir au bout », poursuit-il, avec « un combat politique derrière ».

C’est cet avocat qui, début août, rend publique lors d’une conférence de presse la « victoire des Molex »: une série d’arrêts de la Cour d’appel de Toulouse jugeant le licenciement de 191 salariés « sans cause réelle et sérieuse » et accordant quelque 7 millions d’euros d’indemnités.

Après expiration du délai de pourvoi en cassation, ces arrêts sont définitifs depuis la mi-octobre, selon des sources concordantes.

Dès l’annonce de la fermeture, le 23 octobre 2008, Jean-Marc Denjean est sollicité par des salariés de cette entreprise de connectique automobile située à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne).

Physique rond, crâne dégarni, lunettes carrées et accent prononcé du Sud-Ouest, l’avocat est déjà rompu au fonctionnement des prud’hommes de la région.

Né en 1956 à Toulouse, d’un père agent administratif et d’une mère femme au foyer, il prête serment en 1978 et fait ses armes aux côtés de Marie-Christine Etelin et de son mari Christian, rencontré sur les bancs de la fac de droit.

Au cabinet de la place de la Bourse, le couple défend à l’époque l’extrême gauche toulousaine, notamment des membres des Groupes d’action révolutionnaire internationalistes (GARI) et Jean-Marc Rouillan, membre d’Action directe.

Du droit pénal, Me Denjean évolue peu à peu vers le droit du travail, « labourant » aux prud’hommes et à la Cour d’appel. Mais « côté salariés », précise-t-il.

A Molex, il attaque derechef la direction pour « délit d’entrave » au comité d’entreprise, puis défend les salariés au moment où ils retiennent les dirigeants, et quand la direction veut fermer le site après une pluie d’oeufs sur l’un de ses représentants.

A l’automne 2010, les salariés décident de contester leurs licenciements aux prud’hommes: suivront, pendant 6 ans, la cour d’appel de Toulouse, la Cour de cassation, la cour d’appel de Bordeaux, et à nouveau celle de Toulouse.

« Au niveau juridique, on découvrait, on s’appuyait beaucoup sur lui. C’était un joueur de poker, d’échecs, qui essayait d’anticiper ce qui allait se passer », se rappelle Jean-Jacques Pelissier, président de l’association « Solidarité Molex ».

« Il a toujours été présent. Après, parfois, on n’est pas d’accord sur la stratégie », nuance Guy Pavan, délégué syndical CGT de l’entreprise, qui ajoute que l’avocat « n’a pas fait que du juridique. Il s’est engagé ». « Il y a mis un supplément d’âme », confirme Jean-Claude Boudet, ancien maire DVG de Villemur-sur-Tarn.

D’anciens collaborateurs s’accordent sur ses « convictions », son caractère « scrupuleux ». C’est un « plaideur qui aime le conflit dans sa forme judiciaire » avec un « souci extrême de la précision, qui a son revers », tempère un confrère de sa génération.

Défenseur des salariés de Spanghero, de Freescale et d’Altran, Denjean compte aussi, parmi ses clients, des employeurs.

Membre à 18 ans du Parti socialiste unifié (PSU), il s’est présenté sur des listes municipales et législatives, sous l’étiquette EELV ou Nouvelle Donne. Mais « toujours dans le camp des perdants », sourit-il.

Son « regret le plus profond », aux côtés des salariés de Molex, qui « restera une blessure »: la décision de la Cour d’appel de Bordeaux mettant hors de cause la maison-mère américaine de Molex.

Mais il estime que « ce qu’on a dit depuis le début, cela a été entendu, compris, et c’est bien ce qui est écrit dans l’arrêt de la cour d’appel. Noir sur blanc ».

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