Médecins du Monde réclame un « changement de cap » sur les politiques sociales et d’accueil

PARIS, 16 octobre 2019 (AFP) – L’association Médecins du monde réclame un « changement de cap » et une « inflexion des politiques régressives à l’égard des populations les plus fragiles », notamment migrants et étrangers, qui voient leurs conditions de vie et de santé se dégrader, selon un rapport publié mercredi.

« Les enjeux de santé sont la variable d’ajustement de la politique migratoire du gouvernement », a déploré le président de Médecins du Monde Philippe de Botton, lors d’une conférence de presse.

Le médecin, endocrinologue et diabétologue, a notamment dénoncé « les attaques récurrentes contre l’AME » (Aide médicale d’Etat, ndlr), destinée aux étrangers en situation irrégulière, et « l’accès aux soins des demandeurs d’asile », qui eux peuvent bénéficier de la protection universelle maladie (PUMa), la Sécu de base (ex-CMU).

Emmanuel Macron, s’il a qualifié de « ridicule » l’idée de supprimer l’AME, a déclaré qu’il fallait « évaluer » la pertinence du panier de soins. Le gouvernement envisage également d’imposer aux demandeurs d’asile un délai de carence de trois mois avant l’accès à la PUMa.

Face à ces « rumeurs », Philippe de Botton a prôné « un accès inconditionnel aux soins », qui est « un droit inaliénable », plutôt que de « multiplier les dispositifs ».

Selon le rapport de Médecins du Monde, 24.072 personnes ont été reçues en 2018 dans l’un de ses 15 centres d’accueil, de soins et d’orientation (Caso), majoritairement des jeunes (47% ont entre 18 et 34 ans) et des hommes (64,2%).

Un chiffre stable depuis plusieurs années, selon l’ONG, limitée par ses capacités: « Chaque jour, une centaine de personnes restent à la porte du Caso de Saint-Denis. On doublerait facilement le nombre de personnes accueillies si on pouvait ouvrir 5 ou 10 » centres supplémentaires, a affirmé Yannick Le Bihan, directeur des opérations France de l’ONG.

Dans la quasi-totalité des cas (97,3%), les personnes sont de nationalité étrangère, originaires essentiellement d’Afrique subsaharienne (49,8%) et du Maghreb (23,5%).

Près de 62% des personnes accueillies sont en situation irrégulière. Et plus d’un tiers des étrangers en situation régulière sont en situation administrative précaire, avec un titre de séjour de moins de six mois « et peuvent basculer rapidement dans l’irrégularité », souligne l’association dans le rapport.

D’une manière générale, elle relève « une aggravation des conditions de vie et de santé des exilés avec une augmentation des espaces d’indignité dans toutes les métropoles françaises », conséquence notamment selon elle de la loi Asile immigration de 2018.

Cette loi, « loin de proposer une amélioration des conditions d’accueil (…) se concentre sur le schéma national de répartition des demandeurs d’asile et prévoit de nombreux cas de retrait des conditions matérielles d’accueil en cas de non-respect des orientations en région proposées aux demandeurs d’asile », déplore l’ONG.

L’ONG s’inquiète également de la part des mineurs reçus en Caso qui « a augmenté progressivement au cours des dix dernières années ».

Les 3.564 mineurs accueillis l’an dernier, d’un âge moyen de 10,9 ans, représentent 14,8% de la file active totale de ces centres. Ils sont principalement originaires d’Afrique subsaharienne (54,5%), notamment de Guinée (17,7%) et de Côte d’Ivoire (13,7%).

La plupart d’entre eux sont « en situation d’errance et de grande précarité sans pouvoir accéder aux mesures de protection dont ils doivent bénéficier en France ». Près de 40% d’entre eux vivent dans des conditions très précaires, sans domicile fixe (31%) ou vivant en squat ou bidonville (8%).

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