Mickaël Wamen, charismatique meneur des Goodyear d’Amiens

AMIENS, 18 octobre 2016 (AFP) – Son nom est indissociable du combat des Goodyear. Convoqué mercredi en appel avec sept autres ex-salariés de l’entreprise pour séquestration de cadres, Mickaël Wamen, charismatique meneur en « lutte perpétuelle » de la CGT de Goodyear d’Amiens-Nord, fait partie de la tendance la plus radicale du syndicat.

Avec sa verve de meneur d’hommes, « Micka », animal médiatique au caractère bien trempé, qui manie un sens aigu de la formule, s’inscrit résolument dans la lutte des classes.

Les politiques, les dirigeants de Goodyear? « Ces gens-là, c’est tous les mêmes, à mettre dans le même panier, c’est de la pourriture et de la vermine », lançait-il devant la presse, après la libération de deux cadres de l’usine séquestrés pendant plus de 30 heures par la CGT en janvier 2014.

Ce militant de « la vraie gauche », pour qui « la politique menée depuis 40 ans mène à une catastrophe » expose régulièrement ses griefs à l’égard des « fossoyeurs » du socialisme: « Hollande est le +Roundup+ du PS: où il passe, le socialisme trépasse ».

Dans son collimateur aussi, le capitalisme version Goodyear, une entreprise qui « verse encore des milliards à ses actionnaires alors que nous on peut crever la gueule ouverte, c’est à gerber », estime M. Wamen.

Son intransigeance ne lui vaut pas que des amis, y compris à la direction nationale de la CGT, volontiers accusée de mollesse et où il n’est pas en odeur de sainteté. Au point que la présence du numéro un de la centrale Philippe Martinez, à la manifestation de soutien aux prévenus mercredi, n’était pas confirmée lundi.

– ‘Barjot’ –

Né à Amiens de parents originaires d’Abbeville (Somme), ce personnage trapu et nerveux de 44 ans a grandi à Flixecourt, bourg de la Somme façonné par l’industrie textile.

Embauché en juin 1992 dans l’usine d’Amiens-Nord en tant que « booker, c’est à dire déposeur de bandes de roulement » des pneus sur des chariots, il adhère dans la foulée à la CGT, dont il devient délégué du personnel en 1996 puis secrétaire en décembre 1999.

« C’est un syndicaliste déterminé », estime son ami Fiodor Rilov, avocat de la CGT de l’usine.

« M. Wamen fait partie d’une poignée de gens excessifs qui ont une responsabilité sur le plan social dans la fermeture du site de Goodyear », étrille pour sa part Alain Gest, ancien président de la commission d’enquête parlementaire sur Goodyear Amiens-Nord et député Les Républicains de la Somme.

Le syndicaliste avait mis tout son poids, en 2007, pour s’opposer au passage aux 4×8, avec 550 emplois supprimés à la clé, proposés pour créer un complexe industriel unique voué à la production de pneus à Amiens-Nord et Amiens-Sud. Une mutation acceptée l’année suivante par l’usine Goodyear d’Amiens-Sud.

Un moment intéressé en 2013 par la reprise du site, Maurice Taylor, PDG de Titan, s’était dit effrayé par « les barjots du syndicat communiste ».

Malgré plusieurs victoires judiciaires de la CGT, entre 2008 et 2011 pour freiner la mise en oeuvre d’un plan social, la direction annonce en janvier 2013 la fermeture définitive d’Amiens-Nord, qui sera effective en 2014, laissant sur le carreau 1.143 salariés.

Parmi eux, moins de 300 ont retrouvé un emploi, selon M. Wamen qui parle « de carnage social ». Lui est toujours demandeur d’emploi et a récemment entamé une formation pour devenir web-designer.

Mais il n’abandonne pas « le combat de sa vie » de sitôt, se déplaçant jusqu’aux Etats-Unis pour assigner en justice la société-mère. « On les lâchera pas! », avertit M. Wamen.

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