Nokia veut supprimer un tiers des effectifs d’Alcatel-Lucent

PARIS, 22 juin 2020 (AFP) – L’équipementier télécoms finlandais Nokia, qui veut « réduire ses coûts », a annoncé lundi la suppression en France de 1.233 emplois de sa filiale Alcatel-Lucent, soit un tiers des effectifs de cette entreprise dans l’Hexagone: « une catastrophe », s’inquiètent les syndicats.

Le groupe prévoit de supprimer 402 postes à Lannion (Côtes-d’Armor) et 831 à Nozay (Essonne), au cours de l’année 2021, ont précisé à l’AFP Bernard Trémulot (CFDT) et Frédéric Aussedat (CFE-CGC), à l’issue d’un comité social et économique (CSE) central.

« C’est une catastrophe », a dénoncé M. Trémulot. « Ce sera le quatrième plan de licenciements collectifs depuis que Nokia a racheté Alcatel-Lucent début 2016. Pour le monde +d’après+, Nokia ne change rien », a protesté dans un communiqué l’intersyndicale CFDT, CFE-CGC, CGT et CFTC d’Alcatel-Lucent. Et « à chaque plan social, les conditions de départ se détériorent », a critiqué M. Aussedat.

Nokia doit « améliorer très significativement » son plan, a déclaré le ministère de l’Économie dans la foulée de cette annonce. Une source à Bercy a indiqué que le gouvernement allait travailler avec les salariés d’Alcatel-Lucent pour faire à Nokia des contre-propositions.

Pour supprimer ces postes, Nokia prévoit un plan de départs volontaires et « des solutions de reclassement », a précisé la direction dans un communiqué.

Les emplois supprimés vont concerner des postes de recherche et développement (R&D), ainsi que des fonctions support, selon la direction et les syndicats. « Ils attaquent la R&D, suppriment des postes en R&D 5G, c’est incompréhensible », a considéré M. Trémulot, qui craint « une condamnation » à terme du site de Lannion, où travaillent près de 770 personnes aujourd’hui contre « plus de 2.000 à la fin des années 1990 ».

A Nozay, sur le site Paris-Saclay, Alcatel-Lucent emploie environ 2.870 salariés actuellement, selon la direction.

Ces suppressions de postes s’inscrivent « dans le cadre d’un plan mondial de réduction des coûts » lancé fin 2018, indique Nokia, qui veut « intensifier ses efforts pour améliorer sa compétitivité et garantir sa performance à long terme », « dans un contexte de marché où la pression sur les coûts demeure très importante ».

« L’objectif est d’accroître l’efficacité opérationnelle, d’améliorer la productivité et de gagner en agilité en matière de R&D, afin de renforcer la position concurrentielle et garantir la performance à long terme du groupe », souligne Nokia, qui souhaite « rationaliser ses activités en France ».

– « Une trahison pour tout le monde » –

Trois autres filiales françaises, Radio Frequency Systems (RFS, 170 salariés), Nokia Bell Labs France (NBLF, 200 salariés) et Alcatel Submarine Networks (ASN, 1.000 salariés), « demeurent en dehors du périmètre de ce projet », ajoute la direction. La filiale Iris Télécommunication (120 salariés en France) est aussi épargnée, a précisé une porte-parole du groupe.

« Nokia continuera à être un employeur important en France avec un ancrage solide au niveau de la R&D, des ventes et des services », a affirmé le président de Nokia en France, Thierry Boisnon, cité dans le communiqué du groupe. « La France restera un pôle de R&D déterminant au sein de Nokia, principalement autour du développement des technologies 5G et de la transmission par faisceaux hertziens, ainsi que dans la recherche avancée », ajoute-t-il.

Mais pour l’intersyndicale, ce nouveau plan social « fait voler en éclats les engagements de Rajeev Suri », le PDG de Nokia, « envers Emmanuel Macron, ministre de l’Economie en 2015 », avant la finalisation du rachat d’Alcatel-Lucent.

« Ce quatrième plan social de l’ère Nokia est une trahison, pas seulement pour les salariés, mais aussi pour les politiques. Tout le monde doit se sentir trahi », a estimé M. Trémulot. Le troisième plan social, portant sur plus de 400 postes, « n’est pas encore terminé », a-t-il relevé. Auparavant, Alcatel-Lucent avait déjà été visé par deux restructurations, en mai 2016 (-400 emplois) et en octobre 2017 (-450).

Parmi les salariés, « il y a beaucoup de rage. Ce n’est pas le Covid-19 » qui provoque ce nouveaux plan, a poursuivi le délégué CFDT. Dès « le 16 mars, tout le monde était en télétravail, tout le monde a continué à bosser. Il n’y a pas eu d’arrêt des activités. On a même sorti des produits en avance sur les plannings ». Ce plan social est « purement financier », accuse-t-il.

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