Nord: amende requise contre Total pour l’explosion mortelle dans une raffinerie

DUNKERQUE, 30 mai 2017 (AFP) – Une amende de 280.000 euros a été requise mardi à l’encontre de Total, en procès à Dunkerque avec deux autres protagonistes pour l’explosion ayant coûté la vie à un salarié à la raffinerie de Mardyck (Nord) en 2009.

Le procureur de Dunkerque Sébastien Piève a également réclamé une amende de 160.000 euros contre Ortec, société de nettoyage industriel sous-traitante, pour les mêmes faits d’homicide et blessures involontaires et « infractions sur l’hygiène et la sécurité », ainsi que deux ans de prison avec sursis à l’encontre d’un salarié d’Ortec, unique prévenu personne physique.

La décision a été mise en délibéré au 4 septembre.

« Il n’y a pas de fatalité », a d’emblée martelé M. Piève. Il a expliqué que si les « trois prévenus étaient poursuivis comme co-auteurs », il a voulu distinguer un salarié « pris entre deux tenailles », lui-même blessé lors du drame et partie civile, et « deux grands groupes aux revenus importants » ayant « le devoir d’assumer la sécurité de leurs employés ».

Le 29 janvier 2009, une terrible explosion avait retenti dans un hangar de la raffinerie classée Seveso II appartenant à Total. Dans la déflagration, un salarié d’Ortec, âgé de 32 ans, avait été mortellement brûlé. Cinq personnes, travaillant pour Endel, furent également grièvement blessés.

A l’origine de l’incident: l’inflammation d’un nuage de gaz autour d’un camion de pompage d’Ortec, chargée de pomper des boues résiduelles dans un hangar.

« Total, c’est le maître des lieux. Quand on est chez quelqu’un, on se soumet aux règles qu’il assigne. Or, Total aurait dû prévoir des consignes de sécurité complètes », a estimé M. Piève, s’appuyant sur plusieurs expertises. Il accuse la multinationale de ne pas avoir mis à disposition un « plan de prévention unique » listant tous les risques encourus sur un tel site.

« Non seulement le matériel mis à disposition n’était pas conforme, mais en plus l’endroit où le véhicule se trouvait, trop exigu, n’était pas suffisamment équipé en normes de sécurité », a-t-il dénoncé.

Il a également reproché aux deux entreprises de ne pas avoir formé suffisamment les salariés du site, notamment les deux directement concernés par le drame: la victime décédée dans d’atroces souffrances, et le chauffeur du camion.

A ce dernier, M. Piève rappelle « l’accumulation de ses erreurs », mais s’attarde peu sur son cas, préférant répéter au tribunal que Total et Ortec auraient dû « éviter les causes amenant à ce gâchis humain ».

Des accusations réfutées en bloc par l’avocat de Total Me Jean-Benoît Lhomme pour qui « la sécurité était une priorité pour Total qui avait mis en place des procédures qui répondaient aux exigences règlementaires » et repousse davantage la faute au niveau individuel.

Ce que n’accepte pas Me Amale Kenbib, qui défend ce salarié « qu’on voudrait faire passer pour un bouc-émissaire ». « Ce n’était pas à lui de deviner ce qu’il fallait faire (…) ça a été affreux pour lui car il a aussi été victime », a-t-elle encore assuré, plaidant sa relaxe.

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