« On a besoin de vous »: l’appel du Québec aux entrepreneurs français

PARIS, 7 février 2019 (AFP) – « L’hiver est difficile mais monter une affaire, c’est facile »: au Salon des entrepreneurs de Paris, le Québec courtise les Français dans l’espoir de palier un manque criant de main-d’oeuvre et d’hommes d’affaires francophones.

« Québec vous attend », « Lancez votre start-up à Montréal »: les slogans promotionnels recouvrent les photos bucoliques d’érables flamboyants sur le « kiosque » du Québec, ou « stand », comme on dit en France.

40 m2, une quinzaine de conseillers, des conférences: la Belle Province a vu les choses en grand au Salon des entrepreneurs, tenu jusqu’à jeudi à Paris, afin de lancer en France un nouveau programme qui encourage notamment la création de « jeunes pousses » (start-up, comme disent les Français).

« On a un besoin vorace de main-d’oeuvre », explique à l’AFP Nathalie Narboni-Isal, attachée au Bureau Immigration Québec de Paris. Le taux de chômage dépasse à peine les 5% au Québec, où plus de 100.000 emplois sont à pourvoir.

Mi-janvier déjà, des municipalités québécoises avaient lancé au Salon du travail à Paris un programme baptisé « On a besoin de toi, c’est urgent ». Chaque année, environ 4.000 Français sont admis au Québec.

Mais le manque est encore plus criant parmi les « gens d’affaires ». « Dans les cinq prochaines années, 10.000 entreprises vont fermer au Québec, en raison du vieillissement démographique », souligne Xavier Chambon, président de Classe Affaires, une société basée à Montréal qui conseille les Français voulant entreprendre.

« Venez au Québec », avait déjà lancé le nouveau Premier ministre québécois François Legault, lors d’un déjeuner devant des centaines de chefs d’entreprise, le 22 janvier à Paris.

– Eldorado des neiges –

La province canadienne se vante en « terre d’entrepreneurs », une sorte d’eldorado des neiges fait de croissance économique (supérieure à 2%), d’excédents budgétaires (le quatrième consécutif) et de qualité de vie.

Sur une vidéo promotionnelle présentée lors d’une conférence, les images de labos high-tech alternent avec les vues cartes postales de grands espaces.

« C’est comme une Silicon Valley mais un peu hivernale », résume Xavier Chambon devant les 500 chanceux qui ont réussi à entrer dans la salle de conférence trop petite.

« De plus en plus de Français sont attirés par la création d’entreprise au Québec », ajoute M. Chambon. Ce Français, arrivé au Québec il y a douze ans, n’avait qu’une « vingtaine » de clients en 2016, quand il a créé Classe Affaires. « On en a une centaine aujourd’hui », dit-il, citant une récente étude qui a montré que la moitié des Français voulant s’expatrier veulent le faire en Amérique du Nord, dont 70% au Canada.

« C’est une société où tout est possible. Au Québec, il y a l’audace que les Français ont un peu perdue », explique M. Chambon.

« En France, l’entourage commence par dire « Non, tu ne vas pas te lancer là-dedans », renchérit Philippe Bérat, 47 ans, qui veut se reconvertir au Québec après 15 ans chez l’automobiliste français PSA.

Cet état d’esprit se double d’un dynamisme technologique, avec en particulier Montréal, une des capitales mondiales de l’intelligence artificielle (IA). « Facebook y a installé son siège dans l’IA », souligne M. Chambon.

Marc Boutet, un Québécois qui a fondé à l’âge de 15 ans De Marque, un distributeur de livres numériques, insiste, lui, sur la « qualité de vie ». « On quitte le bureau à 16h-16h30, pas à 19-20h, comme en France: au Québec, les Français redécouvrent les soirées ».

« Il paraît que les gens sont hyper avenants », s’enthousiasme Linda Laskri, 39 ans, venue confirmer le bien-fondé de son projet d’installation au Québec.

Gentillesse et joie de vivre sont les deux mamelles d’un Québec qui veut se « situer différemment » par rapport « au soleil d’Espagne ou au Made in Germany », observe Mme Narboni-Isal, qui ne veut cependant « pas donner une vision angélique ».

Nostalgie de la patrie ou de la famille, manque de préparation: « La moitié des Français rentre chez eux dans les cinq ans », rappelle Xavier Chambon.

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