Pandémie: entre chômage et récession annoncée, l’économie britannique au bord du précipice

LONDRES, 9 avril 2020 (AFP) – L’économie britannique se rapproche du précipice en raison de la pandémie de coronavirus, entre une flambée du chômage qui s’annonce et une violente récession en vue.

Entre 1,5 et 2 millions de personnes ont perdu leur emploi au Royaume-Uni pendant le premier mois de la crise du coronavirus, soit 5% de la population active, estime jeudi l’Institut des Etudes sur l’Emploi (IES).

Si ces chiffres se confirment, ce serait le double de la dernière récession, ajoute l’IES, précisant que le nombre de chômeurs au Royaume-Uni a déjà bondi au moins à 2,5 millions de personnes, soit 7,5% de la population active.

Les prévisions de recul du PIB culminent de leur côté à deux chiffres pour le mois d’avril.

L’emploi était jusqu’à présent l’un des piliers de l’économie britannique, avec des records de faiblesse autour de 3,9% ces derniers mois, malgré les perturbations du Brexit, en grande partie grâce au boom des emplois précaires et des travailleurs indépendants.

La pandémie semble toutefois avoir faire voler en éclat la résilience de l’économie du Royaume-Uni.

La croissance était déjà atone lors des trois mois terminés en février, à 0,1%, a indiqué jeudi le Bureau national des statistiques, après avoir stagné à zéro sur le trimestre achevé fin janvier.

Avec l’entrée en vigueur progressive de mesures de distanciation sociale puis du confinement au Royaume-Uni, l’activité d’un grand nombre d’entreprises est paralysée notamment dans le tourisme, l’aviation, la restauration, l’hôtellerie, les industries manufacturières, même si le commerce en ligne ou celui de la santé enregistrent une demande en hausse.

Les économistes s’attendent à une contraction au deuxième trimestre nettement supérieure à celle de la crise financière de 2008, qui avait été de l’ordre de 5%, et proche de celle de la dépression de 1929.

L’indice PMI des directeurs d’achats des entreprises, baromètre de l’activité dans le secteur privé au Royaume-Uni, s’est ainsi effondré en mars à un niveau record.

Il faut « se préparer pour une chute de 5% du Produit intérieur brut sur un mois en mars. Ce serait l’équivalent sur un seul mois de la contraction observée pendant toute la crise financière (…) Mais ce n’est rien comparé à la contraction autour de 15 à 20% attendue en avril », le premier mois complet de confinement, estime Capital Economics.

– Lent retour à la normale –

« Ce qui survient ensuite dépend de la durée du confinement et à quel rythme les ménages et entreprises reviennent à la normale. Nous avons pris l’hypothèse d’un confinement de trois mois. Dans les mois qui suivront, la croissance va bondir mais nous doutons que (la situation) redeviendra comme avant pendant un moment » ajoute la maison de recherche.

Le gouvernement britannique tente par tous les moyens de limiter la casse, en prenant en charge 80% des salaires dans les entreprises pour éviter les licenciements – des aides équivalentes sont proposées aux travailleurs indépendants – ou en garantissant des prêts pour 330 milliards de livres.

Une étude publiée mercredi par la Chambre de commerce britannique (BCC) constate que 20% des entreprises britanniques prévoient de mettre leurs employés au chômage technique, et que les entreprises ont du mal à avoir accès aux aides gouvernementales rapidement alors que 57% n’ont que 3 mois de liquidités en réserve et 6% sont déjà à court d’argent.

Face aux centaines de milliards de livres à débourser d’urgence par Downing Street, la Banque d’Angleterre va financer directement certaines dépenses du gouvernement britannique afin de limiter la dépendance de l’exécutif aux marchés et de s’assurer qu’il a assez de liquidités pour relancer l’économie, ont indiqué jeudi le Trésor et la BoE.

Une telle disposition de création monétaire avait été utilisée pendant la crise financière de 2008, qui avait vu le niveau de ce découvert s’envoler brièvement à près de 20 milliards de livres, contre près de 400 millions d’ordinaire.

« Le financement direct permet au gouvernement d’avoir les ressources nécessaires pour sauver des vies, tout en rassurant le (contribuable britannique) sur le fait qu’il n’aura pas trop à supporter le fardeau du remboursement à l’avenir », remarque Fran Boait du centre de réflexion Positive Money.

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