Pas de grands dispositifs mais du sur-mesure: Macron présente mardi son plan pour les quartiers

BOBIGNY, 18 mai 2018 (AFP) – Pas de « grands dispositifs » élaborés au sommet de l’Etat ni d’annonces fracassantes mais des mesures « efficaces »: après le rapport Borloo, Emmanuel Macron dévoilera mardi son programme très attendu pour améliorer la vie des habitants des quartiers défavorisés.

Ce ne sera pas un énième « plan banlieue » à coups de milliards comme la France en a produit depuis la naissance de la politique de la ville il y a quarante ans, a prévenu vendredi l’Elysée, mais une série de mesures qui s’inscrivent dans la continuité de la politique gouvernementale.

Comme il l’avait fait lors d’un discours à Tourcoing en novembre, le chef de l’Etat, qui s’exprimera mardi matin à l’Elysée devant plusieurs centaines de personnes, martèlera de nouveau sa conviction que « toute la politique du gouvernement concourt à l’amélioration de la vie dans les banlieues », selon la présidence.

« Je veux que le visage de nos quartiers ait changé à la fin de ce quinquennat », avait alors plaidé Emmanuel Macron, « non parce qu’on aurait atteint tel ou tel chiffre », mais « parce qu’on aura changé la méthode collective ».

Une démarche qui répond à une demande pressante des associations.

« Nous ne supportons plus que la politique des quartiers soit décidée d’en haut, elle doit se co-construire avec nous qui vivons et oeuvrons au quotidien sur ces territoires. Nous ne sommes pas un problème mais une partie de la solution », prévient l’association « Pas sans Nous » dans un communiqué vendredi.

Très actif depuis les émeutes de 2005 en banlieue parisienne, son fondateur Mohamed Mechmache, est membre du Conseil présidentiel des villes. Cette instance destinée à nourrir la réflexion présidentielle sur la politique de la ville se réunira mardi matin avant l’annonce des mesures.

« L’enjeu n’est pas de réinventer de grands dispositifs » qui « viennent d’en haut », mais d' »être efficace et de réussir à mobiliser les habitants », en favorisant « l’émergence de projets locaux », assure l’Elysée.

C’était déjà la philosophie du rapport remis fin avril par Jean-Louis Borloo. Ses propositions avaient été élaborées avec l’ensemble des acteurs concernés, des maires aux responsables associatifs en passant par préfets et sociologues.

Le programme présidentiel devrait s’en inspirer, « même si le gouvernement n’a pas attendu le rapport Borloo pour agir », dit-on à l’Elysée. La présidence rappelle ainsi la mise en place du dédoublement des classes de CP, le lancement des emplois francs et la police de sécurité du quotidien. Ou encore l’engagement de doubler les fonds consacrés à la rénovation urbaine, de cinq à dix milliards d’euros.

– « Remise en confiance » –

L’Elysée prône aussi du sur-mesure, car « la problématique n’est pas la même à Marseille, où le centre-ville est concerné, qu’en Ile-de-France où c’est la banlieue. Et la question de la radicalisation ne se pose pas dans tous les quartiers », explique-t-on dans l’entourage du président.

Création de places en crèche pour favoriser le travail des femmes, lutte contre la discrimination à l’embauche, mobilisation des entreprises et de la fonction publique pour recruter massivement des apprentis… Quelles que soient les pistes qui seront in fine retenues, une chose est sûre: Emmanuel Macron est attendu au tournant dans les quelque 1.300 quartiers politiques de la ville (QPV) de métropole, où résident près de 5 millions d’habitants, dont le quart est au chômage.

Car, après s’être engagé pendant la campagne à mettre fin à « l’assignation à résidence » et à favoriser « l’émancipation » par l’école et le travail, celui qui érigeait le chauffeur Uber en exemple a donné l’impression une fois au pouvoir de tourner le dos aux quartiers populaires pour ne plus s’intéresser qu’à la France rurale.

« Certains jeunes n’osent même plus dire qu’ils habitent La Courneuve de peur de ne pas trouver d’entreprise. Il faut vite que le président corrige le tir », avertit Patrick Toulmet, qui dirige le Centre de formation d’apprentis (CFA) de Bobigny (Seine-Saint-Denis) où Emmanuel Macron s’était déclaré candidat en novembre 2017.

« Il y a un gros boulot de remise en confiance à faire, notamment sur le sujet des rapports entre police et population. Pourquoi, moi, à 45 ans, quand je vois un barrage de police je me dis que c’est pour ma gueule? » s’énerve Ali Rahni, militant de quartier.

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