Pauvreté: les plus précaires ont de plus en plus de mal à se loger en HLM (associations)

PARIS, 11 juin 2020 (AFP) – « Plus un demandeur HLM est pauvre, moins il a de chances d’obtenir un logement »: six associations dont la Fondation Abbé-Pierre et le Secours catholique pointent les difficultés d’accès au parc social des ménages les plus précaires, selon un rapport publié jeudi.

« Une personne qui touche les minima sociaux comme le RSA a 30% de chance en moins de trouver un logement social qu’une personne touchant le Smic, alors imaginez-vous dans le parc privé », explique Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé-Pierre, s’appuyant sur des chiffres de 2017.

Selon le rapport signé également par ATD Quart Monde et Habitat & Humanisme, « un ménage pauvre sur deux se voit contraint de subir la loi du parc privé avec des taux d’effort insoutenables qui viennent fréquemment s’ajouter à des conditions de logement indignes ».

D’ailleurs, dans des « zones tendues », des « dizaines de milliers » de ménages restent en attente par « manque de logements sociaux financièrement accessibles », se retrouvant loger chez des tiers, par des marchands de sommeil, dans des hôtels sociaux ou dans des bidonvilles.

« Ca ne veut pas dire que le parc social accueille des riches, nous ne faisons pas de faux procès contre le monde HLM ou les bailleurs sociaux, juste c’est de plus en plus compliqué pour les plus précaires », précise Manuel Domergue.

Pénurie de logements sociaux, loyers HLM trop élevés, attributions mal ciblées : les obstacles à l’accès au parc social des demandeurs les plus pauvres, souvent âgés entre 40 et 60 ans en famille monoparentale, sont multiples.

« La plupart du temps, ils ne sont même pas sélectionnés à la Commission d’attribution au logement (CAL) car le tri se fait même avant », soutient l’un des rédacteurs du rapport.

Aussi, des professions comme les policiers, les gendarmes ou les enseignants sont privilégiés face aux plus pauvres. Selon M. Domergue, « il y a un rejet collectif, personne ne veut des plus précaires car il y a beaucoup de préjugés sur leur capacité à habiter », accusés « à tort » d’être des « mauvais voisins ».

Parmi les 16 propositions des associations, la création d’un fonds régional pour une baisse des quittances HLM est « la plus simple et immédiate », selon la Fondation Abbé-Pierre. Cette expérimentation appellerait des moyens à hauteur de 6 à 8 millions d’euros pour 1.000 logements, de 60 à 80 millions d’euros pour 10.000 logements.

al/dar/nm