Pavageau, ex-dirigeant de FO: « j’ai la conscience tranquille »

PARIS, 22 septembre 2019 (AFP) – Pascal Pavageau, ex-dirigeant de Force ouvrière, « regrette » la création de la liste controversée sur des dirigeants FO, mais confie à l’AFP avoir « la conscience tranquille » et critique l’ambiance « ultra violente » au sein de la confédération.

L’ex-secrétaire général du troisième syndicat français ne s’est pas exprimé publiquement – en dehors de rares tweets – depuis sa démission le 17 octobre 2018.

Dix jours plus tôt, le Canard enchaîné avait révélé l’existence d’un « fichier » que Pascal Pavageau avait confectionné en 2016 avec ses proches. Une centaine de dirigeants de FO y étaient affublés de qualificatifs comme « niais », « complètement dingue », « anarchiste », « bête » ou encore « trop intelligent pour entrer au bureau confédéral ». La révélation a fait l’effet d’un électrochoc en interne.

La publication le 25 septembre de son nouveau livre, « Allô Jupiter, ici la terre », où il critique la politique d’Emmanuel Macron, et parallèlement le lancement d’une structure de lobbying, également à cette date, sont l’occasion pour Pascal Pavageau de sortir du bois, dans un entretien à l’AFP.

« C’est une connerie sans nom, une erreur absolue », relève-t-il, en évoquant le fichier. « Je le regrette, ça a blessé beaucoup de gens, y compris des amis, ça a nui à l’image de l’organisation ».

Interrogé sur l’objectif de ce document, Pascal Pavageau explique l’avoir créé dans le but d' »informer » les futurs entrants au Bureau (la direction rapproché du secrétaire général, composée d’une douzaine de membres) qu’il comptait solliciter en 2018, une fois élu. « L’erreur que je commets, c’est de mettre noir sur blanc une micro-synthèse d’appréciations. L’erreur est absolue ».

« J’ai la conscience tranquille », dit-il toutefois, expliquant avoir tenté de « redorer l’image de FO » pendant les six mois de sa direction. « J’avais un projet pour FO avec le soutien d’une grande partie des adhérents. C’est quand j’ai parlé d’audit financier en juillet 2018 que j’ai mis le feu aux poudres » en interne. « Un certain nombre de personnes de l’appareil me disaient qu’il était hors de question de le faire », assure-t-il. Selon lui, la fuite du document a servi à dire: « tu arrêtes l’audit financier ».

Il s’en prend, sans donner de noms, à « trois ou quatre chefs de courant mégalodon (requin préhistorique, ndlr), dont certains ne sont plus aux responsabilités » et qui « ont pris l’organisation en otage uniquement pour leurs petits intérêts personnels ».

– « Je revis » –

L’ex-leader dénonce « une ambiance ultra violente » à FO. « 90% de mon temps de secrétaire général était consacré non pas au fond et au positionnement, mais à régler les problèmes d’égo, de pouvoir, et à me protéger des attaques permanentes ».

La démission a été « très douloureuse, un échec personnel très difficile à vivre. Vingt-huit ans d’engagement syndical pour n’être élu que six mois secrétaire général, après tous les sacrifices que j’ai pu consentir, ça a été dur », témoigne-t-il, disant être toujours militant et adhérent de FO .

« Paradoxalement, sur le plan personnel, je suis libéré de cet environnement nauséabond, de ne pas avoir à porter la responsabilité de ce que j’avais commencé à découvrir ». Ainsi, il explique qu’entre 2015 et 2018, il a travaillé avec son équipe « sur 1.000 pages de texte, où sont inscrites des procédures, des règles, des positionnements, pour bâtir une sorte de programme » avant l’élection. Car « il n’y a aucune règle sur la gestion du personnel, sur les primes, il n’y a quasiment plus de réserves ». « J’ai essayé de mettre des règles dans l’organisation pour faire des économies ».

A Yves Veyrier, le secrétaire général de FO, il donne un conseil « en tant que militant de FO »: « il est suicidaire de ne pas mener à bien cet audit, de ne pas mettre en place des règles pour faire des économies et ne pas mettre le paquet sur le développement ».

« Je ne regrette pas d’avoir démissionné. C’est une libération. Je revis », souffle-t-il.

Mais il est amer. « J’ai été trop optimiste de penser qu’avec un mandat voté à 99% on allait arriver avec les militants à changer les choses et sauver FO. L’inertie et le blocage d’une partie de l’appareil empêche tout mouvement et évolution de cette grande maison ».

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