Personnes âgées: nouvelle journée d’action des soignants pour être entendus par Macron

PARIS, 8 octobre 2019 (AFP) – Soignants, aides à domicile et résidents de maisons de retraite étaient à nouveau mobilisés mardi dans toute la France pour réclamer davantage de moyens pour le secteur des personnes âgées, avec l’espoir d’être « entendus » par Emmanuel Macron.

A la mi-journée, une centaine de personnes étaient notamment rassemblées devant le ministère de la Santé à Paris à l’appel de l’intersyndicale des Services d’aide aux personnes âgées (Sapa) et de l’association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA).

Des actions étaient également prévues en régions, devant les Conseils départementaux et Agences régionales de santé (ARS).

« Ehpad en souffrance », « Aide à domicile épuisée » ou encore « M. Macron, répondez-nous », pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants parisiens, beaucoup de femmes.

A la tribune, des représentants de la CFDT lisaient des témoignages provenant de salariés « en souffrance », mais qui ne peuvent souvent « pas faire grève » car ils ont « déjà de petits salaires et ne veulent pas abandonner les patients », a-t-on par exemple entendu.

Sur son fauteuil roulant, et sous une pluie battante, Ginette Lepit, résidente d’une maison de retraite médicalisée (Ehpad) de la région parisienne, manifestait pour la deuxième fois de sa vie.

« Je suis là pour le bien-être du personnel, on sent bien qu’ils ne sont pas assez nombreux », a déclaré à l’AFP cette femme de 93 ans, accompagnée d’une aide-soignante. « On les apprécie vous savez, on les voit plus que nos enfants ».

« Les résidents sont très motivés, ils nous soutiennent dans notre combat », a ajouté Precilia De Sousa, aide-soignante (CGT) de cet Ehpad. « Mais si on veut être entendu, il faut aussi que tout le monde se mobilise, aujourd’hui on est en petit comité », constate-t-elle un peu amère.

– « Des actes » –

A la mi-journée, les représentants des syndicats (dont la CGT, la CFDT, l’Unsa ou Solidaires) ont décliné l’invitation d’être reçus par un conseiller de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

« On a déjà été reçu et ça n’a rien changé », a expliqué à l’AFP Thierry Daburon, secrétaire fédéral de la CGT, rappelant que cette large intersyndicale s’est constituée il y a deux ans et porte « inlassablement les mêmes revendications à chaque journée de mobilisation ».

« On ne vient pas discuter mais demander des réponses au président Macron. Il y a eu la concertation, le rapport Libault (sur le grand âge, remis en mars au gouvernement), où sont les actes maintenant ? », a renchéri Romain Gizolme, directeur de l’AD-PA.

Selon un directeur d’établissement interrogé sur place, qui préfère rester anonyme, les moyens de son Ehpad « ont été calculés en 2004 » alors même que « la dépendance des personnes et les besoins ont très largement augmenté depuis ».

Pour l’intersyndicale, les toutes dernières mesures annoncées pour les personnes âgées dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), rendu public la semaine dernière, sont « insuffisantes » et ne prennent pas en compte « la grande souffrance du secteur ».

Le PLFSS 2020 prévoit notamment une « intensification » des recrutements dans les Ehpad, avec 5.200 emplois supplémentaires en 2020, et un plan de soutien à la rénovation de ces structures, avec une enveloppe de 130 millions d’euros.

Le gouvernement a également décidé de maintenir, comme l’an dernier, une enveloppe supplémentaire de 50 millions d’euros pour les services à domicile.

« Des broutilles » pour l’intersyndicale, qui réclame la création « en urgence » de 40.000 postes dans le secteur, « au moins deux postes par établissement et service de soins à domicile ».

« Alors que l’Insee prévoit que 4 millions de seniors seraient en perte d’autonomie en 2050, la question du financement de leur accompagnement doit réellement être posée et anticipée », a souligné mardi dans un communiqué le Synerpa, représentant le secteur privé, qui ne soutenait pas ce mouvement mais demande une « large concertation » avant la loi Grand âge, qui devrait être présentée en conseil des ministres avant Noël.

jlo-mkr/cel/sp