Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, souhaite augmenter le « périmètre » de son organisation

PARIS, 7 mai 2019 – A une semaine du 52ème congrès de la CGT, Philippe Martinez, son leader, a indiqué quelques orientations qu’il souhaite impulser à son mouvement, et notamment un élargissement de son périmètre pour enrayer la baisse des adhésions.

« La CGT sert toujours à la même chose. Tant qu’il y aura des travailleurs et des travailleuses, il faudra la CGT ». Invité de l’Ajis (Association des journalistes de l’information sociale) mardi 7 mai 2019, Philippe Martinez, secrétaire général de la confédération, affronte la critique quant à la baisse des adhérents : 676 000 en 2015, 664 000 en 2016, 653 000 en 2017. « Mais nous faisons en moyenne de 30 000 à 35 000 adhésions supplémentaires par an ». Pourtant, depuis 2012, le nombre d’adhérents diminue. « C’est un problème. Ils passent à travers, ils ne restent pas », concède-t-il.

Les Gilets jaunes, « reflet de tous les déserts syndicaux »

Dans quelques jours, le 13 mai, débutera le 52ème congrès de la CGT, à Dijon. L’un de ses enjeux, clairement affirmé par Philippe Martinez, est de reconquérir des adhérents et surtout, de les inciter à s’ancrer dans un univers syndical « qui a pris beaucoup de retard ». Il assume sa part de responsabilités. Aucune réflexion ne semble tabou. Le secrétaire général affirme « que la CGT doit évoluer par rapport à ceux qui subissent le monde d’aujourd’hui ». « Il faut que notre périmètre augmente », martèle-t-il, comme s’il voulait déjà convaincre les futurs congressistes. « Rien ne nous empêche de syndiquer les ”Uber” », ose-t-il. Ce n’est pas tout. « La première leçon qu’on doit tirer du mouvement des Gilets Jaunes, c’est qu’ils sont le reflet de tous les déserts syndicaux de la CGT : petites et moyennes entreprises, retraités, précaires, privés d’emplois et beaucoup de femmes ». Des secteurs entiers que l’organisation de Montreuil se doit maintenant de rassembler pour repenser un collectif.

« Il faut changer… »

Prêt au combat à l’intérieur et à l’extérieur de l’organisation, Philippe Martinez est loin d’afficher une sérénité de façade. Critiquée par certaines fédérations, l’action de la confédération (« l’une des plus indépendantes au monde») se doit d’être plus explicite. Se repenser sans se renier n’est pas une nouveauté, puisque « cela date de Louis Viannet », secrétaire général de la CGT entre 1992 et 1999. Avec un constat qui demeure le même : « il faut être plus à l’écoute … Il faut changer ». Jusqu’où ? Aucune réponse n’est donnée sur ce ballon d’essai qui devrait susciter des débats à Dijon et dans les différents syndicats de la CGT. Mais sur les modalités, Philippe Martinez est plus prolixe : aller chercher chaque personne dans ce monde du travail qui se transforme, « quelque soit son statut, quelque soit sa convention collective… c’est une question essentielle à régler dans les trois années qui viennent. Si on ne fait rien, je suis très inquiet pour mon organisation ».

Des antennes mobiles

Les Gilets jaunes sur les ronds points qui recréent un collectif, les évolutions dans le monde du travail sont autant de sujets d’actualité qui convergent vers une transformation et amènent Philippe Martinez à imaginer de nouveaux modes d’action. « Il faut aller au-devant des salariés ». Il ne renie pas les « UL » (unions locales) figées dans les centres villes – « ça fait partie du patrimoine » – alors que les usines n’y sont plus, mais rêve maintenant d’autres modes d’approche des salariés, aux endroits où ils travaillent. « On aurait besoin d’avoir des antennes mobiles dans les bassins d’emploi qui ont bougé ». Avoir recours aux camping-car pour se retrouver au plus près les salariés éloignés de la CGT et recréer du lien social et syndical. Les militants présents au prochain congrès auront à apprécier les propositions de leur leader qui se dit prêt « à mettre un peu plus les pieds dans le plat ». Et brigue un nouveau mandat à la tête de la confédération.