Philippe Martinez, un métallo pour une CGT contestataire

PARIS, 22 avril 2016 (AFP) – Philippe Martinez, 55 ans, adoubé vendredi pour trois ans à la tête de la CGT, est un métallo, réputé fin tacticien et autoritaire, qui a fait ses armes chez Renault et veut faire entendre la voix d’une CGT contestataire et offensive.

« On me dit bourru, mais vous pouvez voir à quel point je suis ému aujourd’hui », a-t-il dit vendredi devant un millier de délégués, rassemblés en Congrès à Marseille, après son élection.

Il y a un peu plus d’un an, lorsqu’il est nommé en catastrophe secrétaire général de la CGT après la démission de Thierry Lepaon, épinglé pour son train de vie, ce fils d’immigrés espagnols n’était connu que du sérail. Il dirigeait la puissante fédération de la métallurgie.

Moins médiatique que son collègue de FO Jean-Claude Mailly ou Bernard Thibault, l’ex-numéro un charismatique de la CGT, M. Martinez s’inquiète peu d’être traité d' »Hibernatus » ou de « dinosaure » pour ses prises de positions.

Il sait manier l’humour, autour de sa célèbre moustache par exemple ou en lâchant face à un micro qui ne marche plus à un point presse: « c’est pire qu’à la CGT ici! ».

Né le 1er avril 1961 à Suresnes (Hauts-de-Seine), il est fils d’immigrés espagnols, avec une mère femme de ménage et un père brigadiste pendant la guerre d’Espagne.

Technicien, Philippe Martinez fait toute sa carrière à Renault Boulogne-Billancourt où il entre en 1982. Il est délégué syndical central lorsqu’en 1997 le constructeur automobile ferme son usine belge de Vilvoorde. Il se souvient d' »une forte expérience de lutte » à dimension « européenne ».

Adhèrent au parti communiste très jeune, il en démissionne en 2002, mais garde « un certain nombre d’idéaux ». C’est le premier numéro un CGT sans carte PCF.

Ceux qui le côtoient décrivent un « fin tacticien » qui a su s’allier les puissantes fédérations de la CGT, parfois autoritaire, et un homme de terrain. Depuis qu’il a succédé à Thierry Lepaon, il a rencontré près de 2.000 syndicats pour tenter de comprendre pourquoi les troupes cégétistes baissent.

– Lutte contre l’austérité –

Dès son élection à la tête du premier syndicat français, il avait donné le ton: « continuer de montrer l’antagonisme entre ceux qui travaillent et créent des richesses et ceux qui s’enrichissent de façon éhontée à partir du travail des autres ». Et « lutter contre les politiques d’austérité du gouvernement ».

Premier coup d’éclat, le boycott à l’automne de la conférence sociale de François Hollande. Organisée au moment de l’affaire de la « chemise déchirée » du DRH d’Air France, le secrétaire général avait reproché à l’exécutif de s’être peu inquiété de la « violence » du plan de la direction menaçant 2.900 emplois.

Vendredi à l’issue du Congrès de Marseille, il a dévoilé sa ligne: « montrer une CGT offensive, déterminée, rassemblée et rassembleuse ». Mais aussi « moderne », en proposant une réduction du temps de travail à 32 heures ou une sécurité sociale professionnelle.

« M. Martinez adopte une attitude tranchée par rapport à ses prédécesseurs, qui s’appuie souvent sur la thématique de la lutte des classes, pour ressouder les rangs » et aussi « se distinguer des autres syndicats », analyse Bernard Gauriau, professeur à l’université d’Angers, spécialiste du droit du travail. « On pressent une influence du Front de gauche et des frondeurs », ajoute-t-il.

Avec ses pairs, les relations sont courtoises. « Les rapports sont simples et cordiaux. Rien à voir avec Bernard Thibault qui ne saluait jamais la délégation Solidaires », témoigne Eric Beynel, porte-parole de Solidaires.

Écharpe foncée enroulée autour du cou, plutôt que cravate, Philippe Martinez s’oppose à la politique du Premier ministre. Mais il partage une passion avec Manuel Valls … le ballon rond.

bow-db/jg/nm