« Plus j’avance, moins je m’en sors »: paroles de manifestants opposés au « système universel » de retraites

PARIS, 16 septembre 2019 (AFP) – Moins nombreux que les avocats, les professionnels du soin (médecins, infirmiers, etc.) et du transport aérien (pilotes, hôtesses, stewards) venus manifester lundi à Paris contre le futur « système universel » de retraites sont tout aussi désireux de conserver leur « régimes autonomes » et, pour certains, d’échapper à une hausse de leurs cotisations.

Pour Ninon, orthophoniste de 46 ans dans les Yvelines interrogée en marge de la manifestation, le calcul est vite fait : « J’arrive à gagner 2.000 euros par mois, avec cette réforme je passerai à 1.500 euros pour 70 rendez-vous par semaine », a-t-elle estimé. « Plus j’avance dans ma carrière, moins je m’en sors financièrement. Autant que j’aille bosser à l’hôpital, avec en plus des avantages que je n’ai pas aujourd’hui ».

Le rapport du haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, prévoit un futur « système universel » en lieu et place des 42 régimes existants. Cela se traduira, au nom de « l’équité », par un alignement des taux de cotisations, à 28,12%, jusqu’à 120.000 euros de revenus par an.

Ce taux s’appliquera également aux travailleurs indépendants jusqu’à 40.000 euros. Au-delà, leur prélèvement sera de 12,94%, afin de préserver « leur modèle économique », selon M. Delevoye, qui promet une mise en oeuvre « très progressive, avec des rythmes adaptés à la situation de chaque profession ».

– « la goutte d’eau » –

Comme Ninon, Amine, masseur-kinésithérapeute de 33 ans en Seine-Saint-Denis, met en avant le poids des cotisations sur son activité. « Sur un chiffre d’affaires annuel de 47.000 euros, je paie déjà 55% de charges, dont 6.000 euros de cotisations retraites. Avec la réforme j’en paierais 12.000, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».

Une colère partagée par Béatrice, 52 ans et dentiste dans les Hauts-de-Seine. « Si on double ma cotisation, qu’est ce qu’il va me rester de mes 50 heures de boulot par semaine ? C’est vraiment le dernier coup qu’ils pouvaient nous porter, je pense fermer mon cabinet l’an prochain après 26 ans d’exercice libéral », a-t-elle déploré.

« On se bat pour défendre un régime qui est déjà pas terrible, mais qu’il ne faut pas changer pour un truc qui sera encore pire pour nous », a estimé pour sa part Sébastien, 42 ans, infirmier dans la Loire. « Je veux bien être solidaire, mais la solidarité doit s’arrêter quand elle nous met dans la m… ».

A l’inverse, Philippe, pilote de 51 ans pour une compagnie aérienne britannique, craint la baisse de cotisations qu’entraînera pour lui la réforme, et donc une baisse de sa pension. « Un commandant de bord gagne facilement plus de 10.000 euros par mois, même en début de carrière. Avec cette réforme le manque à gagner sera énorme. Le système actuel nous va très bien ».

Loin de ces considérations financières, Morgane, hôtesse de l’air de 28 ans chez Air France, est elle venue « pour ne pas bosser jusqu’à 64 ans dans les avions. C’est un métier physique, on ne va pas faire sortir les gens de l’avion avec un déambulateur ».

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