Plusieurs milliers de cheminots défilent à Paris contre la réforme du rail

PARIS, 22 mars 2018 (AFP) – « Plus de 25.000 » cheminots, selon la CGT, défilaient jeudi à Paris, dans un cortège festif et coloré, pour défendre un service public ferroviaire qui « limite la casse » malgré la gestion « défaillante » de la SNCF, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Derrière une banderole « Passagers et cheminots pour le train public, qualité de service, sécurité, fiabilité », le cortège s’est élancé de la gare de l’Est vers 14H30 en direction de Bastille pour retrouver les fonctionnaires partant, eux, de Bercy.

« Tous ensemble nous allons gagner, nous pouvons gagner », avait lancé quelques instants plus tôt, au micro et le poing levé, Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots (1er syndicat).

Bernard Thibault, qui occupait cette fonction lors de la grande grève de 1995, était présent.

Cette année-là, « le premier motif de mobilisation (des cheminots) c’était l’avenir de l’entreprise et du service public », via « un contrat de plan liant l’Etat à la SNCF pour cinq années », a-t-il rappelé à l’AFP.

Aujourd’hui, « ce gouvernement n’apporte pas de réponse » à la crise ferroviaire, a ajouté l’ancien dirigeant de la CGT (1999-2013). « Au fur et à mesure qu’on va avancer, les Français vont s’intéresser aux vrais sujets, le statut des cheminots n’est pas le vrai problème », a-t-il dit.

La manifestation, animée d’emblée par l’usage de fumigènes, tambours, sifflets, musique rock, et colorée par une nuée de drapeaux syndicaux, s’est poursuivie dans une ambiance bon enfant, à l’exception des heurts survenus en tête de cortège.

– « Cheminots en colère » –

Agent de circulation, Clara est venue de Lozère pour « défendre tout ce qu’on veut nous prendre et montrer son mécontentement ». « Très inquiète », cette femme de 23 ans, non syndiquée, s’est dite « prête à faire la grève pendant trois mois » car « c’est le seul rapport de force » possible.

« Le dernier qui a dit qu’il ne plierait pas, c’était (Alain) Juppé (en 1995, NDLR). Il a fini par plier. Demain ce sera Macron. Si je n’y croyais pas, je ne serais pas là », a dit Philippe Boutant, un agent de conduite de 52 ans, syndiqué CGT.

Badge CGT sur la veste, Guy, ancien aiguilleur à la retraite, croit lui aussi que le président « est foutu ». « Macron a réussi à mettre les cheminots en colère », dit-il en précisant que « même les cadres supérieurs de la SNCF sont là aujourd’hui, car ils ne savent que trop bien ce que l’on veut faire de leur entreprise ».

Émilie, une contrôleuse de 37 ans, syndiquée Sud-Rail, s’inquiète d’une perte du statut « et surtout d’être transférée dans une autre entreprise et donc de tout perdre ».

Les cheminots protestent contre la volonté du gouvernement de réformer la SNCF par ordonnances, en transformant l’entreprise en société anonyme et abandonnant le statut de cheminots à l’embauche.

Les syndicats appellent à une grève à partir du 3 avril: de deux jours tous les cinq jours pendant trois mois, pour la CGT, l’Unsa et la CFDT; reconductible chaque jour, pour SUD.

« Depuis des mois la colère monte car