Pour le patronat, il faut travailler plus longtemps pour financer les retraites

PARIS, 7 janvier 2020 (AFP) – Les principales organisations patronales soutiennent le principe d’une réforme des retraites mais demandent surtout à ce que les finances du nouveau système soient à l’équilibre et jugent nécessaire un relèvement de l’âge de départ.

Financement

Même s’il « n’était pas demandeur de cette réforme (…) demandée par la CFDT », le Medef a décidé de la soutenir puisqu’elle fait partie du programme du président de la République. Mais « une condition essentielle, c’est qu’elle soit équilibrée financièrement » sans augmenter les cotisations, a répété mardi le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux devant des journalistes.

Le président de la CPME François Asselin a lui aussi insisté sur CNews sur « la nécessité de l’équilibre financier du système » et de « ne pas faire miroiter des choses qu’on ne pourra pas financer ».

« On ne veut pas de mauvaises surprises au niveau des assiettes de cotisation, parce que pour nous, il n’est pas question d’augmenter les cotisations », a déclaré pour sa part à l’AFP Alain Griset, président de l’Union des entreprises de proximité (U2P) qui représente artisans, commerçants et professions libérales.

En décembre, l’U2P s’était ainsi félicitée que la baisse de l’assiette permette d’annuler le passage de 24,75% à 28,12% du taux de cotisation pour les artisans et commerçants.

Age de départ et retraite minimale

Le Medef aurait préféré un relèvement de l’âge de la retraite à 64 ans, sans âge pivot. Retarder les départs devrait, selon lui, contribuer fortement à équilibrer le nouveau système qui crée aussi de nouveaux droits à financer, comme une retraite minimale à 1.000 euros.

Pour renflouer les caisses, M. Roux de Bézieux mise sur une amélioration du taux d’emploi des 60-65 ans, rappelant que le passage de l’âge légal de 60 à 62 ans avait permis de porter celui des 55-60 ans « au-dessus de la moyenne européenne ».

Pour M. Asselin, « quoi qu’il arrive et quoi qu’on pense, la réalité fera que dans les années (à venir), il faudra collectivement travailler un peu plus longtemps, tout simplement pour des raisons démographiques ».

En revanche, l’U2P se félicitait le mois dernier du « maintien du système des carrières longues permettant à ceux qui ont commencé à travailler tôt de partir entre 60 et 62 ans ».

Par ailleurs, le fait d’avoir les mêmes droits pour chacun pour un euro cotisé nous va bien et le fait d’avoir une retraite minimale à 1.000 euros, pour beaucoup de nos entreprises peut être quelque chose d’important », selon M. Griset.

Décote

Pour adoucir le principe d’un âge pivot à 64 ans, rejeté par l’ensemble des syndicats, le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand a proposé que la décote appliquée à ceux qui partiraient avant cet âge ne soit que temporaire, sur le modèle de ce qui a été mis en place pour les retraites complémentaires Agirc-Arcco des salariés du secteur privé.

Pour M. Asselin, c’est « l’une des pistes qu’on peut mettre sur la table » mais « il faudrait en calculer les conséquences en termes financiers ».

Mais c’est là où le bât blesse pour le Medef: « la décote temporaire, sauf à ce qu’elle soit très violente, n’est pas assez incitative », estime M. Roux de Bézieux. Selon lui, les premières indications de l’Agirc-Arcco montreraient « que ce n’est pas suffisant » pour différer les départs en retraite, en tout cas avec une décote limitée à 10% du montant de la pension pendant trois ans.

Gouvernance

Selon M. Roux de Bézieux, « à partir du moment où c’est l’argent de tout le monde qui sert à payer la pension de tout le monde, vous avez un système de déresponsabilisation, c’est d’ailleurs ce qui hérisse les professions indépendantes qui depuis des années ont constitué des caisses autonomes financièrement équilibrées ».

Les organisations patronales reconnaissent que, contrairement à l’Agirc-Arcco, gérée paritairement par les syndicats et les organisations patronales, l’Etat jouera forcément un rôle dans la gouvernance du nouveau système puisqu’il intégrera les fonctionnaires.

Mais pour M. Griset de l’U2P, si l’Etat est légitime autour de la table, ce doit être « en tant qu’employeur, pas en tant que décideur ».

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