Pour reconvertir ses fonctionnaires, l’Etat lorgne sur le modèle des Armées

PARIS, 28 octobre 2018 (AFP) – Résolu à supprimer 50.000 postes dans la fonction publique d’État d’ici 2022, le gouvernement veut s’inspirer de l’agence de reconversion du ministère des Armées pour reclasser les agents publics qu’il veut inciter au départ.

Il y a eu « plusieurs discussions ces dernières semaines avec des organismes publics », confirme à l’AFP le directeur de l’agence Défense mobilité, le général Pierre-Hervé Roche. Dont certaines avec la direction en charge de la gestion RH des fonctionnaires, la DGAFP.

L’agence, qui accompagne chaque année environ 14.000 militaires quittant les armées, a été sollicitée pour « apporter conseils et expertises », forte de presque dix ans d’existence.

Le grand nombre de soldats passés dans ses rangs, auquel il faut ajouter les civils et les conjoints pris en charge par le dispositif, s’explique par la forte proportion de personnels sous contrat dans les armées.

En 2017, ils étaient 65,5% dont, dans le détail, tous les militaires du rang, près de la moitié des sous-officiers (49,4%) et même un quart des officiers (24,9%).

Ce statut précaire est la conséquence de l’impératif de jeunesse des armées qui demande un renouvellement incessant de leurs effectifs.

Maîtriser le coût du chômage

Confronté en plus à 60.000 suppressions de poste entre 2005 et 2015, le ministère a donc créé en 2009 une structure unique pour reclasser les partants.

L’un des objectifs affichés est aussi de maîtriser le coût de l’indemnisation du chômage – puisque c’est au ministère d’indemniser ses anciens soldats sans emploi.

En 2017, Défense mobilité lui a permis d’économiser 9,5 millions d’euros grâce à un taux d’accès à l’emploi supérieur à 60% pour la dernière vague de soldats passée entre ses mains.

Mais du côté des associations professionnelles nationales de militaires (APNM), créées en 2015 pour parer à l’absence de droit syndical, on affiche une satisfaction prudente vis à vis du dispositif.

Dominique de Lorgeril, le président de l’Union APNM – qui fédère ces structures – exprime des doutes sur les « outils de mesure des résultats » au-delà d’un an. Il reconnaît néanmoins volontiers la « bonne volonté de l’institution » et les « moyens mis en place ».

La méthode Défense mobilité: un suivi individuel pour les volontaires qui commence jusqu’à 24 mois avant leur départ par un bilan de compétence, puis une aide à la définition d’un projet professionnel « réaliste et réalisable ».

Celui-ci peut passer par une formation au Centre militaire de formation professionnelle de Fontenay-le-Comte (Vendée) dédié aux soldats en reconversion et qui forme à 40 métiers – de soudeur à commercial en passant par routier.

« 4.000 à 5.000 actions de formations sont accomplies chaque année », vante le général Roche en comptant celles effectuées en externe, via les marchés et conventions passés avec des organismes.

« Peu habitués à se vendre » selon Dominique de Lorgeril, les anciens soldats apprennent également lors de leur parcours à rédiger CV et lettres de motivation et sont préparés aux entretiens d’embauche.

Cette étape, une « rupture culturelle », leur permet de « civilianiser leur CV », explique le président de l’Union APNM: « Vous ne pouvez pas simplement écrire que vous avez commandé tels unité ou navire, l’employeur ne comprend pas à quoi ça correspond. »

Ceux qui quittent l’uniforme bénéficient surtout du réseau de 7.000 partenaires de Défense mobilité, dont une cinquantaine de grandes entreprises qui recrutent « 100 à 200 candidats par an », détaille le général Roche.

La SNCF et sa filiale de transports publics Keolis figurent parmi ces gros pourvoyeurs de postes, le transport et la logistique constituent d’ailleurs le secteur qui capte le plus d’anciens soldats passés par l’agence (27% de la dernière cohorte) devant ceux de la maintenance et des services à la personne.

D’après le général Roche, les anciens militaires constituent un « profil recherché » pour leurs « compétences avérées », leur « savoir être » et leurs « valeurs », qu’il liste pêle-mêle: « le service de l’État », la « loyauté » et « l’esprit de corps ».

clv/lum/cam