Pourquoi des VTC s’opposent-ils à Uber?

PARIS, 19 décembre 2016 (AFP) – Une partie des chauffeurs de VTC, en conflit avec la plateforme Uber, dénoncent une situation d' »esclavage ». Comment en est-on arrivé là? Quelles sont les possibilités de sortie de crise?

Question: Quelle est l’origine du conflit?

Réponse: la relation entre Uber et les VTC s’est dégradée à partir d’octobre 2015, quand la plateforme a baissé ses tarifs de 20% à Paris. Cette baisse -sans aucune consultation des chauffeurs- a poussé ces derniers plusieurs fois dans la rue. Face à la grogne, l’entreprise a annoncé début décembre une hausse de ses tarifs de 10 à 15%. Mais elle a augmenté sa commission, à 25% au lieu de 20%.

« Avec le mouvement des chauffeurs #VTC, c’est la fin du mythe de l’uberisation heureuse », a twitté lundi le député PS Laurent Grandguillaume, à l’origine d’une proposition de loi visant notamment à rééquilibrer les relations entre VTC et plateformes, examinée lundi en deuxième lecture à l’Assemblée nationale.

Q: Combien gagne un chauffeur de VTC?

R: A l’arrivée d’Uber en France en 2011, la plateforme proposait des tarifs avantageux, pour recruter un maximum de chauffeurs. Au départ « tout le monde était très content », témoigne Éric, qui se dégageait alors 5.000 euros nets par mois pour environ 90 heures par semaine. Aujourd’hui, il ne gagne plus que 1.700 euros. Il lui est déjà arrivé de travailler plus de 35 heures d’affilée.

En cause, le recrutement massif de chauffeurs, l’arrivée de nouvelles plateformes et une concurrence sans merci qui a fait chuter les prix. Selon la Fédération française du transport de personnes sur réservation (FFTPR), environ 20.000 chauffeurs travaillent actuellement avec une plateforme. Fin août, on enregistrait 14.000 créations d’entreprises de VTC sur un an.

Q: Que réclament les VTC mécontents?

R: D’abord une hausse des prix et une baisse des commissions. Lors d’une précédente manifestation début novembre, les chauffeurs avaient dénoncé « l’esclavagisme moderne » des applications de réservation.

Autre revendication: une clarification des relations avec les plateformes.

« Le problème est que nous sommes dans un système hybride où l’on prétend être indépendant mais où l’on ne décide pas des tarifs et où l’on peut nous déconnecter » (provisoirement ou définitivement, sans possibilité de pouvoir s’expliquer), explique Jean-Luc Albert, président d’Actif-VTC.

« Soit on est assimilés à des salariés et dans ce cas là, Uber doit assumer la protection sociale. Soit on reste des patrons mais on a aussi un droit de regard sur les décisions », poursuit-il.

L’Urssaf d’Ile-de-France, qui estime qu’il s’agit de salariés et non d’indépendants, a engagé une procédure contre Uber.

Q: Que répond Uber?

R: Des discussions sont « en cours » afin « de travailler aux évolutions du travail indépendant, à l’amélioration de la protection sociale, ainsi qu’à la rentabilité des chauffeurs VTC indépendants », explique la plateforme américaine, qui a commencé la semaine dernière à discuter avec la CFDT-Transports et depuis plus longtemps « avec des chauffeurs à titre individuel » et « des associations de chauffeurs ».

Q: Tous les VTC sont-ils sur la même ligne?

R: Certains, la CFDT et VTC de France, ont seulement appelé les chauffeurs à se déconnecter des plateformes, pas à manifester. La CFDT Transport réclame une meilleure prise en compte du « kilomètre parcouru ».

L’association VTC de France demande également que les plateformes paient leurs impôts en France, des tarifs supérieurs à ceux des taxis et des journées de travail limitées à 11 heures. Elle veut aussi « différencier les professionnels » haut de gamme des « pseudos chauffeurs sous perfusion d’application sans formation », en référence aux chauffeurs « capacitaires Loti », un statut moins encadré et plus facile à obtenir que celui des VTC.

Q: Que propose la loi Grandguillaume?

R: Elle vise à « créer les conditions d’une concurrence saine » entre taxis et VTC mais aussi lutter contre l’emprise des plateformes sur les chauffeurs.

Le texte prévoit d’interdire aux plateformes d’imposer des clauses d’exclusivité aux chauffeurs ou des quotas de courses minimum, afin qu’ils puissent faire jouer la concurrence. Il prévoit aussi une obligation de transmettre aux autorités des données sur les chauffeurs pour s’assurer du respect de la réglementation. Il veut aussi mettre fin au « détournement juridique » du statut de Loti.