Prestations sociales: le gouvernement essaie d’éteindre la polémique

PARIS, 23 mai 2018 (AFP) – Le gouvernement a tenté mercredi de mettre fin à la polémique née des déclarations du ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, sur une baisse des prestations sociales, sans cependant dévoiler ses projets sur ce sujet sensible.

Le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a assuré qu’il ne voulait pas « toucher » aux aides sociales, donnant sa préférence à la réduction des aides aux entreprises pour réduire la dépense public.

« Il n’y aura pas de remise en cause des aides sociales », a insisté la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à l’Assemblée nationale.

Dimanche, Bruno Le Maire avait évoqué une réduction des aides sociales à l’emploi dans l’objectif de baisser les déficits publics, à condition qu’il y ait suffisamment de créations d’emplois dans le privé.

Le quotidien Le Monde avait révélé samedi l’existence d’un document de la direction du Budget, intitulé « Transformer les prestations sociales », qui estime que les aides sociales constituent « un poids croissant » pour les finances publiques, de l’ordre de 26% des dépenses.

« Ce n’est pas la direction du budget qui dictera la politique que souhaite conduire le gouvernement en matière d’aides sociales ou d’accompagnement des entreprises », a dit le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. « C’est le politique qui prendra les décisions et qui tranchera », a-t-il poursuivi.

– « sensibilités différentes » –

Le sujet — sensible pour le gouvernement, qui s’est engagé à réduire fortement la dépense publique d’ici la fin du quinquennat — a mis en lumière une différence d’approche entre MM. Darmanin et Le Maire.

« On a le droit d’avoir des sensibilités différentes (avec M. Le Maire) », a reconnu M. Darmanin sur BFMTV/RMC, tout en soulignant que le ministre de l’Economie n’avait « pas été maladroit » lorsqu’il a jugé dimanche légitime de réduire la politique sociale sur l’emploi.

Le ministre des Comptes publics a douté que le moment soit le bon pour réduire les prestations sociales, à « un moment où les Français voient la reprise économique, mais dont les difficultés sont grandes ».

« Je pense qu’il ne faut pas toucher aux prestations sociales individuelles », a-t-il affirmé, sans écarter pour autant des changements dans ce domaine, qui pourraient se traduire par une baisse de la dépense publique.

« Je pense qu’il faut faire des réformes importantes dans le domaine social. Il y a évidemment des économies à faire dans le domaine social », a jugé le ministre, citant exemple la réforme de la prime d’activité, selon lui souvent utilisée par les entreprises comme prétexte pour ne pas augmenter les salaires.

Le cabinet de M. Le Maire a démenti de son côté « toute contradiction » entre les déclarations de Gérald Darmanin et celles de Bruno Le Maire, rappelant que le ministre de l’Economie n’avait pas parlé des « aides sociales personnalisées ».

– « Maquis considérable » –

M. Darmanin a évoqué une autre piste pour réduire la dépense publique: la diminution des aides aux entreprises, déjà annoncée par Bruno Le Maire dans le cadre de la loi Pacte.

« Je vais surtout essayer, en période de reprise économique, de réduire les aides aux entreprises », a affirmé le ministre, estimant leur montant total pour cette année à 140 milliards d’euros.

Selon lui, M. Le Maire, qui « travaille aujourd’hui sur une réforme des aides aux entreprises », « a proposé (de les réduire) pour à peu près 5 milliards d’euros ». « C’est une concertation qu’on va avoir avec les entreprises », a-t-il ajouté.

Dans une interview au Point, Bruno Le Maire avait indiqué en janvier vouloir réexaminer l’efficacité de l’ensemble des aides publiques versées aux entreprises, afin de vérifier leur pertinence en ce qui concerne « la croissance » et « l’emploi ».

« C’est un maquis considérable. Nul n’est capable de connaître, entre le +plan ceci+ ou le +plan cela+, leur montant et leur efficacité », avait déclaré le ministre, sans toutefois préciser le montant de la baisse envisagé.

Selon Bercy, la réduction de ces aides doit permettre de financer les mesures prévues dans le cadre de la future loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), portée par Bruno Le Maire.

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