Prison avec sursis requise en appel contre une ex-syndicaliste soupçonnée d’avoir inventé une agression

VERSAILLES, 19 septembre 2018 (AFP) – Cinq mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende ont été requis mercredi en appel à l’encontre d’une ex-syndicaliste d’Areva, soupçonnée d’avoir inventé une agression sur fond d’accord entre le groupe nucléaire et la Chine, une attaque dont elle a maintenu à la barre la véracité.

Lors de l’audience à la cour d’appel de Versailles, le ministère public a demandé la confirmation de la peine infligée en première instance à cette Irlandaise de 63 ans pour « dénonciation mensongère ».

« Je suis totalement innocente », a déclaré à l’audience Maureen Kearney, avant de raconter à nouveau sa version des faits, d’une voix parfois brisée par l’émotion.

En décembre 2012, elle avait été retrouvée par sa femme de ménage à son domicile des Yvelines ligotée à une chaise, bâillonnée, un manche de couteau introduit dans le vagin et un « A » scarifié sur le ventre.

Professeure d’anglais dans la société Saint-Gobain Nucléaire, filiale d’Areva (devenu Orano), elle était également secrétaire CFDT du comité de groupe européen du géant du nucléaire.

Immédiatement, elle avait lié son agression à un accord signé entre EDF, Areva et l’opérateur nucléaire chinois CGNPC, permettant des transferts de technologie en vue du développement d’un nouveau réacteur chinois, auquel elle était farouchement opposée.

« Il n’y aura pas de troisième avertissement. Arrête de t’occuper de ce qui ne te regarde pas », avait déclaré, selon Maureen Kearney, son agresseur.

Mais les enquêteurs avaient rapidement soulevé des incohérences entre son récit et leurs constatations, énumérées mercredi par l’avocate générale dans ses réquisitions.

« On ne retrouve aucune trace [génétique] de l’intervention d’un tiers », a-t-elle notamment déclaré. « Tous les objets tels que décrits par Mme Kearney proviennent du domicile, ce qui contrarie l’hypothèse d’un agresseur organisé », a-t-elle ajouté.

Elle a évoqué une configuration des liens « incompatibles avec une volonté de se libérer » et des « constatations médico-légales » incohérentes avec la version de Mme Kearney.

Au cours de l’enquête, la syndicaliste avait reconnu avoir tout inventé, avant de se rétracter, expliquant avoir avoué sous la contrainte.

« C’est un travail absolument rempli d’erreur, voire grossièrement faux, un rapport qui démontre une conviction pré-établie des gendarmes qui est absolument impensable », a dénoncé au cours des débats Me Hervé Témime pour la défense.

Il a souligné que 24 scellés, envoyés pour être analysés par des experts scientifiques, n’avaient jamais été retournés aux enquêteurs. « Pour moi, la condamner, c’est une erreur judiciaire », a-t-il tonné dans sa plaidoirie, demandant la relaxe de sa cliente.

Mme Kearney a porté plainte en février avec constitution de partie civile et un nouveau juge d’instruction a été saisi, a précisé sa défense à l’AFP.

Dans la salle d’audience, des syndicalistes CFDT étaient présents: en tout, une quarantaine d’entre eux, venus notamment de Bordeaux, Tours, ou La Hague (Manche), se sont rassemblés devant la cour d’appel en début d’après-midi.

Dans une pétition en ligne, son comité de soutien a appelé à « une justice équitable » pour les lanceurs d’alerte, demandant à ce qu’elle « soit reconnue victime et non accusée ».

La décision a été mise en délibéré au 7 novembre.

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