Procès de la « chemise arrachée » d’Air France: les prévenus tentent de faire mentir les images

BOBIGNY, 27 septembre 2016 (AFP) – Ils n’ont rien fait ou une simple « poussette », ont cherché au contraire à protéger les dirigeants d’Air France: cinq salariés, jugés pour l’épisode de la « chemise arrachée », ont tenté mardi de faire mentir les images qui les ont « condamnés par avance ».

Au premier jour des deux jours de leur procès devant le tribunal correctionnel de Bobigny, cinq des quinze prévenus ont été confrontés à leurs accusateurs: des vigiles, les deux cadres dirigeants de la compagnie aérienne qui ont été malmenés lors de la manifestation du 5 octobre 2015. Et des images.

« C’est pas ma place, ici. Je suis là pour défendre l’emploi, les jeunes », a affirmé Pascal Macquet, accusé de violences sur Xavier Broseta, le DRH, et Pierre Plissonnier, le responsable de l’activité long-courrier dont la chemise en lambeaux est devenue un symbole de la violence sociale et a terni l’image de la France à l’étranger.

« On a toujours été traités comme des coupables, on nous a condamnés d’avance » sur la foi d’images partielles, a dénoncé Fabrice Lhermitte, un autre prévenu.

Samir Ait Taleb n’a « rien fait » non plus. Ce n’est pas lui qui, voulant empêcher M. Broseta de s’enfuir, a arraché sa chemise. « Que vouliez-vous que je fasse d’une chemise? », interroge, provocateur, le prévenu.

Ces dénégations finissent par agacer Frédérique Baulieu, avocate du DRH. « On est tous au moins d’accord pour dire qu’il lui est arrivé quelque chose, non? », ironise-t-elle.

A la suspension, les avocats des parties civiles sont unanimes pour fustiger le procédé qui consiste à « transformer les victimes en coupables et les coupables en victimes ».

« C’est bien de rappeler que je suis victime », a déclaré Pierre Plissonnier. Le cadre aux cheveux blancs a témoigné de « l’humiliation que constituent ces images », qui ont été vues « 1,4 milliard de fois dans le monde entier », le représentant en train d’escalader un grillage, torse nu, pour échapper à la foule hostile venue protester contre un projet de suppression de 2.900 emplois pour redresser la compétitivité d’Air France.

M. Plissonnier a également fait part de son « sentiment d’injustice », se décrivant comme un homme ouvert au dialogue social. Ce qui a déclenché quelques murmures de désapprobation dans l’assistance.

– Manifestation de soutien –

Xavier Broseta a admis qu’il ne savait pas qui l’avait agrippé, ayant été frappé de dos. Mais il a reconnu avoir « perçu, dans la confusion de l’action, que certains manifestants avaient cherché à (l’) aider ».

Une aubaine pour la défense qui s’est évertuée à replacer ces événements dans leur contexte et à donner une autre image des prévenus.

Elle a ainsi produit une vidéo montrant Vincent Martinez, le délégué du personnel licencié pour « faute lourde », en train de repousser la foule qui assaille les dirigeants.

A la barre, M. Martinez a reconnu avoir fait tomber un vigile qui lui-même a entraîné dans sa chute M. Broseta. Une simple « poussette », a minimisé le prévenu.

Les parties sont plusieurs fois revenues sur la décision d’Air France de verrouiller l’accès à son siège social ce 5 octobre, à l’occasion d’un comité central d’entreprise crucial. Pour la défense, cela a été perçu comme une provocation. Le directeur juridique a invoqué, lui, des raisons de sécurité.

Environ 300 personnes, principalement des militants de la CGT, se sont rassemblées en contrebas du tribunal de Bobigny pour soutenir les prévenus — soit une mobilisation moindre qu’en mai, lorsque le procès avait finalement été reporté.

Pour Xavier Mathieu, ex-leader des Conti, on se focalise sur la chemise arrachée, « mais pourquoi les gens en arrivent là? (…) Est-ce qu’on va faire des enquêtes sur les 3.000 qui ont été virés, qui ont perdu leur baraque, qui se seront suicidés? »

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