Procès de la « chemise arrachée »: les 15 d’Air France fixés sur leur sort mercredi

BOBIGNY, 28 novembre 2016 (AFP) – « Voyous » selon l’accusation, « boucs émissaires » pour la défense, les « quinze d’Air France », jugés pour leur implication présumée dans l’épisode de la « chemise arrachée » du DRH, connaîtront leur sort mercredi.

Fin septembre, le procureur de la 14e chambre du tribunal correctionnel de Bobigny avait requis de deux à quatre mois de prison avec sursis contre cinq salariés et une amende de 1.000 euros contre les dix autres.

Les premiers sont poursuivis pour leur participation présumée à des violences dont avaient été victimes deux responsables de la compagnie et des vigiles attachés à leur protection, lors de la manifestation du 5 octobre 2015 devant le siège d’Air France à Roissy (Seine-Saint-Denis).

Alors que sept des quinze prévenus sont adhérents à la CGT, le procureur avait soulevé l’indignation de la défense en les accusant de s’être comportés non comme des syndicalistes responsables, mais comme des « casseurs » et des « voyous ». Des termes déjà employés par le Premier ministre Manuel Valls au lendemain de ces incidents qui avaient eu un immense retentissement.

Pris à partie lors de cette manifestation contre un projet de restructuration menaçant plusieurs milliers d’emplois, Xavier Broseta, le DRH d’Air France à l’époque, et Pierre Plissonnier, le responsable du long-courrier, avaient dû fuir sous les huées, torse nu pour le premier, la chemise en lambeaux pour le second.

Les images des deux cadres – jugées particulièrement « humiliantes » par les intéressés – escaladant un grillage pour échapper à leurs assaillants avaient fait le tour du monde et terni un peu plus la réputation de la France en matière de dialogue social.

A l’issue de l’audience, certains prévenus avaient fait part de leur sentiment d’injustice. Car, comme l’avait lui-même reconnu le parquet, tous les auteurs des violences n’ont pu être identifiés sur les vidéos.

– ‘Passer à autre chose’ –

« Les gens qui ont arraché la chemise ne sont pas présents aujourd’hui », avait ainsi affirmé Vincent Martinez, délégué du personnel CGT au moment des faits, le seul des 15 à avoir été licencié. Avant le délibéré, il a dit à l’AFP être « serein », avoir « confiance en la justice française » et confié être « pressé de passer à autre chose ».

« Ce qu’on attend de voir (mercredi), c’est si on a vraiment une justice indépendante », a affirmé à l’AFP Miguel Fortea, secrétaire général de la CGT Air France. Selon lui « le dossier est vide. S’il était étayé il y aurait eu des sanctions +exemplaires+ ».

Avocate de 12 prévenus, Me Lilia Mhissen avait elle dénoncé tout au long du procès « un dossier bâclé » où domine la volonté de trouver à tout prix des « boucs émissaires ».

Une thèse battue en brèche par les avocats des parties civiles, pour qui « les infractions » sont « clairement imputables aux personnes poursuivies ».

Les prévenus « n’ont pas été pris au hasard », avait ainsi affirmé Me Frédérique Beaulieu, le conseil de Xavier Broseta.

Lors du procès, prévenus et témoins de la défense étaient largement revenus sur le contexte de ces violences. En effet, l’annonce d’un nouveau plan de restructuration, alors que 10.000 postes avaient déjà été supprimés entre 2005 et 2015, avait été très mal vécue par des salariés qui estimaient avoir déjà fait beaucoup d’efforts.

Pour la première fois, les syndicats redoutaient des licenciements secs, en particulier au sein du personnel au sol, dont les prévenus sont issus.

Il n’empêche: la violence sociale ne peut justifier la violence physique, avaient dénoncé les parties civiles, unanimes pour fustiger le procédé consistant à « ériger les victimes en coupables ».

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