Procès en appel des ex-Goodyear: les prévenus contestent la séquestration des deux cadres

AMIENS, 19 octobre 2016 (AFP) – « Je ne leur ai jamais dit qu’ils ne pouvaient pas sortir ! »: les ex-salariés de l’usine Goodyear ont contesté mercredi à la barre avoir séquestré deux cadres de l’entreprise pendant 30 heures lors de leur procès en appel à Amiens où des milliers de personnes sont venues les soutenir.

10.000 personnes étaient présentes à l’extérieur du tribunal, selon un responsable CGT, 5.000 selon la préfecture. Klaxons, mégaphone et cris des manifestants ont résonné dans la salle d’audience. « Salariés licenciés, ça va péter ! », pouvait-on notamment entendre.

Poursuivis pour « séquestration et violences en réunion », les huit ex-salariés, dont cinq de la CGT, avaient été reconnus coupables en première instance et condamnés à 24 mois de prison dont neuf ferme. Comme en première instance, le procès se déroule sans plaignant : Goodyear a retiré sa plainte, comme les deux cadres concernés.

Cette fois, « vous allez vous rendre compte que pour aucun d’entre eux, il n’existe la moindre preuve, le moindre élément objectif pour établir qu’il ait eu à être associé à des événements qualifiables de séquestration. Et on va obtenir la relaxe », a affirmé l’avocat des salariés, Me Fiodor Rilov, avant l’audience.

« On n’est absolument responsables de rien et victime de tout. Je reste persuadé que la relaxe est à portée de main », a dit lors de la suspension d’audience Mickaël Wamen, l’un des prévenus et figure emblématique du « combat » des Goodyear.

– « C’était tendu » –

« Si on obtient la relaxe je vous promets qu’on fera un rassemblement à la hauteur de cette victoire », a-t-il ajouté.

Les 6 et 7 janvier 2014, le directeur des ressources humaines et celui de la production avaient été retenus pendant une trentaine d’heures dans les locaux de l’usine occupée par quelques dizaines d’ouvriers en colère après l’annonce de la fermeture de ce site de 1.143 salariés.

« Séquestration ? Je n’aime pas le mot. A aucun moment, je n’ai entravé leur liberté de se lever et de partir », a assuré à la barre Reynald Jurek, un autre prévenu. Mais les salariés « étaient en train de perdre leur emploi, c’était tendu, c’est sûr, on n’était pas en train d’applaudir la direction ! », a-t-il reconnu.

« Je n’explique pas pourquoi ils ne se sont pas levés et ils ne sont pas partis », a renchéri Emmanuel Andrieux, autre prévenu, admettant que les deux cadres ont pu être « impressionnés ».

Dans le public, Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) est arrivé discrètement à 11H00. « Ce qui se joue ici est crucial », a-t-il dit avant d’entrer.

– Rendez-vous de +l’autre gauche+’ –

Une bonne partie de la gauche non gouvernementale s’est retrouvée dans un parc d’Amiens, où François Ruffin, l’auteur de « Merci, patron ! » côtoie l’ex-animateur de France Inter Daniel Mermet, Olivier Besancenot (NPA) ou encore Nathalie Arthaud (LO) au sein d’un « village militant » avec tribune et écran géant. L’ambiance est conviviale, mais les messages envers patronat et gouvernement sont durs.

« Je récuse l’idée de séquestration. C’était des centaines d’emplois menacés. Quand on est dans une réunion et qu’on pose des questions on attend des réponses. Tant qu’il n’y a pas les réponses, on reste dans la salle », a lancé Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT arrivé dans l’après-midi.

Brandissant drapeaux et banderoles, les manifestants sont venus « d’un peu partout en France » selon la CGT Goodyear (150 cars commandés), mais aussi de Belgique, Luxembourg, Suisse ou Allemagne.

Côté français, ce sont surtout des cégétistes, mais SUD et la FSU sont là aussi. « Je me suis levé à 2h du matin et j’ai mis 7h de route pour venir de Saint-Nazaire. Si on condamne des militants syndicaux à de la prison ferme, on revient aux années noires. Le plus triste c’est que tout ça se passe sous un gouvernement dit de gauche », commente auprès de l »AFP Philippe Aoustin, militant CGT retraité de la police municipale.

Ce procès intervient aussi trois semaines après celui de plusieurs salariés d’Air France jugés pour l’épisode de « la chemise arrachée » d’un cadre de la compagnie (le délibéré sera rendu le 30 novembre). Pour la CGT, ces deux événements sont devenus des symboles de la « criminalisation de l’action syndicale ».

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