Quels écarts de salaires hommes/femmes en France et pourquoi?

 PARIS, 9 mai 2018 (AFP) – Alors que le gouvernement présentait mercredi un plan d’action pour atteindre l’égalité professionnelle, quels sont les écarts de revenus en France selon les sexes et comment s’expliquent-ils?

– Quels écarts? –

« Aujourd’hui à poste et âge équivalents, le taux d’écart de salaire est de 9% » entre les hommes et les femmes, affirment les services du Premier ministre dans un communiqué diffusé en mars 2018.

Personne ne conteste qu’en moyenne les femmes gagnent moins que les hommes. Mais l’estimation de cet écart varie grandement selon les modes de calcul.

« En 2014, dans l’ensemble du secteur privé et de la fonction publique, le revenu salarial des femmes est inférieur en moyenne de 23,8% à celui des hommes », écrit l’Insee dans une étude de 2017, notant que cette différence diminue « légèrement » depuis 20 ans: en 1995 elle était de 27%.

– Dans la moyenne européenne –

L’organisme européen des statistiques Eurostat publie aussi des chiffres sur les différences de salaires hommes/femmes. D’après ces calculs, les Françaises affichent en moyenne un salaire horaire brut de 15,2% inférieur aux hommes pour 2016, écart légèrement inférieur à la moyenne européenne (16,2%).

D’après ces statistiques, l’Italie est l’un des pays les plus égalitaires avec un écart de 5,3% tandis que l’Allemagne et le Royaume-Uni affichent au contraire des différences importantes (respectivement 21,5% et 21%).

– Une question de perspective –

Calculés en pourcentage, les écarts de salaires diffèrent selon que l’on se place d’un point de vue masculin ou féminin.

Généralement on calcule combien les femmes touchent en moins par rapport aux hommes: un quart selon le salaire moyen de 2014 en France (17.820 euros/an pour les femmes, 23.400 euros pour les hommes, chiffres Insee).

Mais si on calcule combien les hommes gagnent en plus par rapport aux femmes, le pourcentage est d’environ un tiers (31,3% pour être précis).

– Plus de temps partiels féminins –

Les différences de salaires s’expliquent en partie par le fait que les femmes occupent plus souvent des emplois à temps partiel que les hommes et qu’elles font moins d’heures supplémentaires, à cause notamment de charges et obligations familiales incombant prioritairement aux femmes.

Mais cet élément n’explique qu’une partie des écarts de salaires: si on l’élimine, en raisonnant en « salaires en équivalent temps plein » (EQTP), les femmes gagnent en moyenne 17,4% de moins que les hommes, souligne l’Insee.

– Plus d’écart pour les plus âgés… –

L’Institut national de la statistique relève des écarts de rémunération plus marqués chez les seniors. « Ce constat résulte en partie de carrières plus souvent interrompues et moins favorables chez les femmes que chez les hommes », selon l’Insee.

Exemple: l’écart (calculé en EQTP) est de 5,6% chez les moins de 25 ans et de 25,4% pour les 55 ans et plus.

– …pour les cadres et ouvriers –

Les écarts sont plus importants chez les cadres (22,4%) et les ouvriers (15,3%), deux catégories où les femmes restent minoritaires. A l’inverse, l’inégalité est plus faible (10%) chez les employés, catégorie qui compte une majorité de femmes.

– 10,5% de « discrimination pure » –

Les écarts de salaires s’expliquent aussi par le fait que les femmes sont plus nombreuses à occuper des CDD moins bien payés et qu’elles sont sur-représentées dans des métiers « moins rémunérateurs », selon une étude du ministère du Travail (Dares).

Mais même si on tient compte de ces différents éléments, il reste un écart de salaire « non expliqué » de 10,5%.

Un telle différence s’apparente à « une discrimination pure pratiquée par les employeurs à l’encontre des femmes », estime l’association Observatoire des inégalités.

Sources: Insee, Eurostat, ministère du Travail (Dares) et Observatoire des inégalités.

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