« Ras la blouse »: un mois après, le conflit s’enlise dans une clinique de Tarbes

TARBES, 8 décembre 2016 (AFP) – Occupation de l’aéroport ou encore barrage filtrant aux urgences: les grévistes de la polyclinique de L’Ormeau à Tarbes multiplient depuis un mois les opérations coups de poing pour une revalorisation salariale, un bras de fer qui commence à affecter l’accueil des patients.

« On ne lâche rien, on n’est pas fatigués », confie Joëlle Ducos, psychologue en grève. « Nous sommes maltraités dans notre institution », explique cette cadre de 58 ans, parlant de « détresse » dans le milieu déjà « violent » de la santé, où « notre champ de bataille, c’est la mort ».

A la clinique de L’Ormeau, le mouvement dure depuis le 8 novembre, touchant entre 45 et 60% du personnel soignant selon les sources. Et un mois, jour pour jour, après ses débuts, les négociations étaient dans l’impasse jeudi entre les grévistes et le groupe Médipole partenaires, qui contrôle l’établissement.

Témoins de l’enlisement du conflit, les banderoles ont fleuri aux fenêtres de la clinique, sur la façade mais aussi dans les couloirs du site principal qui abrite les urgences et les services administratifs.

« Ras la blouse », « Noël 2016: les salariés n’ont que les boules » ou encore « soignants maltraités, santé en danger », autant de slogans que le patient découvre à son arrivée dans la clinique de 300 lits et 500 emplois.

Depuis dimanche, des matelas jonchent le sol du hall d’accueil. Entre 25 et 40, selon la CGT, y dorment désormais chaque nuit: « On a décidé d’investir la clinique, parce qu’on est chez nous, après tout », tranche Isabelle Gérard, aide-soignante CGT.

Certains ont muré, à l’aide de parpaings et de ciment, les bureaux du service facturation et du département d’information médicale, où sont instruits les dossiers des patients.

Les grévistes réclament une revalorisation salariale de 3% ainsi que le versement d’une prime annuelle de 1.600 euros. Ils dénoncent aussi « la dégradation constante des conditions de travail ».

Au service des soins palliatifs, où Joëlle Ducos exerce depuis trois ans, « certains sont arrivés en ayant peur, en pleurant, cela a provoqué un stress et des dysfonctionnements », témoigne la psychologue, qui avait « alerté » la direction dès la fin de l’été.

– pas de négociation ‘sous la contrainte’ –

Les négociations, sans cesse interrompues, n’ont rien donné. Même sous l’égide de l’Agence régionale de la santé et de la préfecture des Hautes-Pyrénées.

« La négociation ne peut pas se faire sous la contrainte », explique-t-on à la direction. En outre, les revendications des grévistes représenteraient selon elle une hausse de 9,2% de la masse salariale: « Quel hôpital public et quelle clinique privée peut accéder à cette demande? », dit-elle.

« Il y a des écarts de 300 euros par mois avec le secteur hospitalier », rétorque François Dousseau, secrétaire général de l’union départementale CGT, parlant de « témoignages édifiants » et de « détermination ».

Les grévistes, après avoir occupé l’aéroport de Tarbes-Lourdes occasionnant des retards d’avions, ont investi la fédération de l’hospitalisation privée à Toulouse, bloqué l’accès aux services administratifs de la clinique, et réalisé un filtrage à l’entrée des urgences.

Une manifestation a dégénéré le 29 novembre quand deux protestataires disent avoir été blessés par le véhicule d’un médecin qui voulait forcer leur barrage filtrant. Ils ont porté plainte pour « violences volontaires avec arme par destination », selon la CGT.

L’un des plaignants, Wilfried Zapparoli, invoque certains « collègues jugés pour arracher par exemple une chemise, des gens qui luttent au quotidien. A un moment donné, s’il y a des personnes qui en veulent à l’activité syndicale, il faut qu’elles aussi soient jugées ».

« Le conflit est très dur », abonde M. Dousseau de la CGT, « pour nous le fonctionnement de la clinique n’est pas satisfaisant, il y a un risque potentiel, la sagesse voudrait aller vers une fermeture administrative ».

De fait, les praticiens de la clinique déplorent « la tournure des évènements qui impactent la prise en charge des patients ».

« Plus de 1.500 d’entre eux n’ont pu être soignés, 600 sont en attente de diagnostic » depuis le début du mouvement, estiment-ils dans un communiqué, parlant de « retards de traitement » et de « drames humains ». Une situation que la direction qualifie d' »intolérable ».

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