Réduire les discriminations du marché du travail, une économie potentielle de 80 à 310 milliards d’euros (rapport)

PARIS, 20 septembre 2016 (AFP) – Les discriminations sur le marché du travail, qui touchent d’abord les femmes, ont un coût et leur réduction substantielle permettrait à l’économie de gagner entre 80 et 310 milliards d’euros, selon un rapport de France Stratégie, organisme rattaché à Matignon, publié mardi.

« Les discriminations freinent, voire bloquent, l’insertion sur le marché du travail d’une partie de la population en âge de travailler. Elles coûtent donc à l’économie en général et aux entreprises en particulier », qui ont intérêt « à recruter des individus de catégories discriminées à des postes de responsabilité », soulignent les auteurs.

Les principales discriminations concernent « les femmes, en raison de leur nombre (50% de la population), et les descendants d’immigrés et populations des DOM qui représentent environ 5% de la population », dit à l’AFP Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France Stratégie.

Leur moindre accès à l’emploi, à l’activité professionnelle à plein temps et aux postes les mieux rémunérés induit « un gâchis de talents » et des « pertes », sans compter « les coûts de long terme liés aux inégalités d’éducation », explique-t-il.

En retenant quatre critères de discrimination -le sexe, l’origine géographique, le lieu de résidence et le handicap – et en s’appuyant sur « une mesure statistique des inégalités » qui consiste à calculer les écarts (de taux d’emploi, de salaires, etc.) entre discriminés potentiels et population de référence, les auteurs envisagent quatre scénarios.

– Un gain de 7% du PIB –

Ils calculent, sur la base du PIB 2015, les effets positifs, cumulés ou pas, de quatre facteurs: un meilleur accès aux postes qualifiés, un meilleur accès à l’emploi, une réduction des écarts en matière de durées hebdomadaires de travail et de niveaux d’éducation (avec une convergence au niveau du Bac).

Résultat: un gain de croissance et de revenu compris entre 3,6% du niveau total du PIB, soit 80 milliards d’euros, et 14,1% du PIB soit environ 310 milliards d’euros.

Le rapport privilégie cependant un scénario « prudent et s’appuyant sur des hypothèses réalistes à long terme », selon M. Pisani-Ferry: l’augmentation du taux d’emploi et de l’accès aux postes élevés des populations discriminées, qui permettrait un gain de près de 7% du PIB (soit environ 150 milliards d’euros). Dans ce scénario, 97% de l’effet sur le PIB s’explique par une hausse de l’accès des femmes à l’emploi et aux postes élevés.

« Pour 100 euros supplémentaires du PIB », la contribution des femmes « varie de 83 à 99 euros, quel que soit le scénario considéré », soulignent les auteurs.

« Il y a un potentiel important mais c’est un effort collectif qui doit se poursuivre dans la durée », estime M. Pisani-Ferry qui cite l’exemple des États-Unis « où 15 à 20% de la croissance est venue de la réduction des discriminations hommes/femmes et noirs/blancs, en près de 50 ans (1960-2008) ».

Pour lui, ce scénario ne se heurte pas aux limites du taux de chômage global, « élevé, mais qui est resté relativement stable depuis 20 ans ».

– Les femmes fortement pénalisées –

« Quelle que soit leur ascendance migratoire, les femmes ont un taux d’activité en moyenne inférieur de 10 à 15 points à celui des hommes », elles n’accèdent toujours pas aux postes à responsabilité et « les femmes originaires du continent africain sont particulièrement défavorisées », présentant un « sur-chômage » et « un moindre accès au CDI à temps plein », souligne le rapport.

Côté salaires, les femmes gagnent « systématiquement moins que les hommes sans ascendance migratoire directe », avec des écarts de rémunération « d’environ 12% ».

Les hommes originaires du continent africain sont aussi perdants. « A caractéristiques égales, ils ont un taux d’activité plus faible (-4 points) et un taux de chômage significativement plus important (+7 points) que les hommes sans ascendance migratoire ». Ils restent défavorisés sur le plan des salaires mais moins que les femmes.

Ce rapport a été commandé par le gouvernement à la suite d’une première enquête sur les discriminations en entreprise sous l’égide de Jean-Christophe Sciberras, ex-patron de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), en mai 2015.

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