Réforme des retraites: le Sénat s’invite dans la ronde

PARIS, 7 janvier 2020 (AFP) – La réforme des retraites n’est pas attendue au Parlement avant mi-février, mais le Sénat a pris les devants, en organisant un débat sur ce sujet explosif mardi en début de soirée, avec en ligne de mire, pour sa majorité de droite, la question de l’âge de départ.

Ce débat a été inscrit à l’ordre du jour du Sénat dès le 11 décembre, lorsque le Premier ministre, Edouard Philippe, a dévoilé son projet de réforme.

La commission des Affaires sociales, qui en à pris l’initiative, souhaite notamment par ce débat « interactif » que le gouvernement indique « le résultat des concertations en cours » et « dresse le bilan des différents aménagements concédés à certains régimes ».

Les sénateurs souhaitent également « des précisions sur le coût de la réforme et les modalités de la transition vers le futur régime ».

A l’Assemblée nationale, une séance de questions sur la politique des retraites est également programmée mardi soir à partir de 21h30, à la demande du groupe LR.

Au Sénat, les échanges seront introduits par le président de la commission, Alain Milon (LR), puis chaque groupe politique bénéficiera d’un temps de parole de 5 minutes, à raison d’un orateur par groupe.

Le gouvernement devrait être représenté par le nouveau secrétaire d’Etat chargé des Retraites, Laurent Pietraszewski.

Après sa réponse, se tiendra une séquence de 15 questions-réponses et le sénateur LR René-Paul Savary conclura les échanges, au nom de la commission.

Le projet gouvernemental sur la retraite par points, qui comprend un projet de loi organique et un projet de loi ordinaire, doit être présenté en Conseil des ministres le 24 janvier et son examen commencera à l’Assemblée nationale à partir du 17 février.

Selon ce calendrier, les textes devraient ainsi être adoptés en première lecture début mars par les députés, avant de passer au palais du Luxembourg.

– « Mesure d’âge » –

Mais le Sénat dominé par la droite entend faire entendre sa voix sans attendre, alors que la mobilisation sociale se poursuit et que la semaine s’annonce une nouvelle fois tendue.

Même si le Premier ministre a fait un pas vers la CFDT mardi, les organisations les plus hostiles au projet ont prévu deux grosses journées d’action jeudi et samedi.

Edouard Philippe a annoncé que les partenaires sociaux se retrouveraient vendredi à Matignon pour discuter de la conférence de financement proposée par Laurent Berger, opposé à l’instauration d’un âge pivot pour inciter les Français à travailler plus longtemps dès 2022.

Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR – le premier groupe du Sénat -, est lui catégorique: pour garantir le pouvoir d’achat des retraités, « il faut des mesures d’âge, il faut repousser l’âge légal de départ » à la retraite.

Le sénateur de Vendée avance un âge légal repoussé de 62 ans à 64 ans, puis 65 ans, progressivement. Au-delà donc de l’âge pivot à 64 ans visé initialement par le gouvernement avec l’instauration d’un système de bonus-malus.

Pour M. Retailleau, l’abandon de cette mesure, sous la pression des syndicats réformistes, « serait une catastrophe ». « Il n’y a plus de réforme » dès lors, a-t-il déclaré mardi matin sur Sud Radio, fustigeant encore un projet « profondément injuste » et « faussement universel ».

A l’Assemblée nationale, Laurent Pietraszewski devra répondre à 25 questions des députés. « Le groupe Les Républicains entend mettre un terme au piétinement du Parlement qui n’a pas été consulté depuis le début de la réforme des retraites », insiste le chef de file des députés LR, Damien Abad, qui prévoit même un nouveau débat au Palais Bourbon le 4 février.

Il s’est inquiété aussi mardi d’une « reddition en rase campagne », « un triple renoncement sur l’équilibre financier, sur les régimes spéciaux – il y en aura encore plus – et sur le principe d’universalité ».

« On ne soutient pas la grève, on ne soutient pas le projet, on soutient la majorité silencieuse », répète à l’envi l’élu de l’Ain.

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