Réforme des retraites: nouvelles coupures d’électricité en série

 PARIS, 19 décembre 2019 (AFP) – Centres-ville en Occitanie, zones commerciales à Lille ou près d’Aix-en-Provence… plusieurs sites ont subi jeudi de nouvelles coupures d’électricité sur fond de colère contre la réforme des retraites.

Ce type d’actes, certains déjà revendiqués par la CGT, se multiplient depuis la semaine dernière et la montée de la contestation. Ils ne sont pas une première en France, et ont déjà émaillé plusieurs conflits sociaux dans le passé, en 1995 ou encore 2009.

Jeudi, des coupures d’électricité, provoquées par des « actes de malveillance », selon Enedis, gestionnaire du réseau de distribution, ont affecté dès le début de matinée les Pyrénées-Orientales et l’Aude, concernant au pic du problème un total de 18.000 foyers, à Perpignan, Argelès et Narbonne.

Une double plainte pour dégradations de compteurs Linky et coupures d’électricité a été déposée par Enedis à Perpignan, selon le parquet, première et seule plainte de ce type déposée dans cette ville après ces événements.

Plan-de-Campagne, un des plus importants centres commerciaux de France, entre Aix-en-Provence et Marseille, a à son tour été plongé dans le noir dans la matinée, a indiqué Enedis.

A 11H00, 46 postes de transformation ont été privés d’électricité, affectant « 536 clients », avant que le courant soit peu à peu rétabli, a indiqué un porte-parole dans les Bouches-du-Rhône.

Cette zone de Plan-de-Campagne compte 500 enseignes. Une école de Cabriès, la commune où se trouve le centre commercial, a été touchée par la même occasion, « ce qui a compromis le repas de Noël », a déploré le permanent d’astreinte, Arnaud Sabonnavière, évoquant « un acte de malveillance, qui affecte la sécurité des clients ».

Enedis a annoncé le dépôt d’une plainte, comme systématiquement dans ce genre de cas, et conformément aux souhaits exprimés par la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne.

– « ils se trompent de cible! » –

A l’autre bout de la France, des agents techniques d’Enedis ont aussi coupé l’électricité sur l’ensemble de la zone commerciale Auchan d’Englos, dans la périphérie ouest de Lille, a indiqué le gestionnaire.

Cette coupure, qui a eu lieu entre 11H00 et 12H00, a contraint plusieurs commerces à fermer leurs portes et évacuer les clients.

« Nous condamnons ces actions qui ne reflètent pas nos valeurs de service et nous allons déposer plainte », a indiqué à l’AFP le service de communication d’Enedis.

Selon un commerçant, le centre commercial a soudainement été plongé dans le noir.

« On trouve cela malheureux car ils se trompent de cible! Qu’ils aillent bloquer la MEL (siège de la métropole européenne de Lille, NDLR) ou la mairie, mais pas les commerçants qui payent leurs factures », a déploré ce bijoutier, s’alarmant d' »un manque de chiffre d’affaires en pleine période de Noël ».

Contacté par l’AFP, Auchan a indiqué ne pas avoir subi de conséquences grâce au recours à un groupe électrogène.

Idem à Beauvais (Oise), où un « acte de malveillance » sur un poste électrique a également entraîné jeudi la coupure en électricité de 12.000 foyers pendant plus d’une heure, selon RTE, le gestionnaire du réseau haute tension.

Mardi dernier, journée d’action nationale contre la réforme des retraites, des dizaines de milliers de foyers avaient déjà été brièvement privés de courant en Gironde, à Lyon, Nantes ou Orléans, autant de coupures revendiquées par la CGT.

Le syndicat ne souhaitait pas s’exprimer jeudi, « compte-tenu du contexte et notamment des discussions à Matignon ». Dans un tract mardi, la CGT, évoquant ces « interventions sur l’outil de travail », listait notamment ses cibles, supermarchés, centres d’impôts, mairies et zones industrielles.

A Nice, la mairie et la fédération des commerçants ont annoncé jeudi avoir porté plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui et acte de malveillance après des coupures intervenues mardi.

Le gouvernement, par la voix de Mme Borne, a condamné ces actes « très fermement », demandant des comptes au secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

Pour M. Martinez, « ces coupures sont ciblées ». Sur BFMTV jeudi, il a estimé que la ministre « est plus prompte à dire +attention les coupures+ qu’à répondre aux revendications des salariés ».

burs/cho-mpf/jmi/az