Réforme du Code du travail: Macron face à l’épreuve de la rue et des grèves

 PARIS, 12 septembre 2017 (AFP) – Emmanuel Macron fait face ce mardi à la première mobilisation sociale de son quinquennat avec l’appel à des grèves et manifestations partout en France, lancé par des syndicats qui dénoncent la réforme du code du travail comme une « régression sociale ».

Côté transports, entre 50 et 80% des lignes SNCF étaient assurées en banlieue parisienne, quand le trafic TGV était normal. Deux trains sur 3 circulaient sur le RER A et 1 sur 2 sur la B, tandis que les métros roulaient normalement. De son côté, la compagnie aérienne Ryanair a annoncé l’annulation de 110 vols.

Dès le matin, des camions de forains ralentissaient l’autoroute A13, provoquant d’importants embouteillages, tandis qu’à Paris, plusieurs dizaines d’entre eux perturbaient la circulation.

« Ce n’est pas une loi du travail, c’est une loi qui donne les pleins pouvoirs aux employeurs », a critiqué Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, qui a dit sur France 2 attendre « du monde » avec près de 200 manifestations et 4.000 appels à la grève.

Plafonnement des indemnités prud’homales, fusion des instances représentatives du personnel dans les entreprises, réforme du compte pénibilité, place accrue à l’accord d’entreprise…: ce projet reprend plusieurs promesses de campagne du président Macron.

Si pour le Medef et la CGPME, cette réforme va « déverrouiller la peur d’embaucher », les syndicats y voient un texte « libéral » dans le prolongement de la très décriée loi travail. Hasard du calendrier, l’appel de mardi intervient un an quasi jour pour jour après la toute dernière mobilisation contre ce texte promulgué en 2016.

Face à un front syndical désuni, le chef de l’État, qui sera au même moment dans les Petites Antilles dévastées par l’ouragan Irma, n’a pas l’intention de céder. S’agaçant de voir que les « Français détestent les réformes », il voit dans celle-ci le moyen de « gagner la bataille du chômage de masse » en France, actuellement à 9,5% de la population active.

L’enjeu est d’autant plus important qu’il envisage d’autres réformes sociales importantes dans les mois à venir: assurance chômage, apprentissage, formation professionnelle et retraites.

La séquence est toutefois délicate pour le président de la République, en chute dans les sondages depuis l’été, après l’annonce de mesures impopulaires comme le rétablissement du jour de carence pour les fonctionnaires ou le coup de rabot sur les aides au logement, rappellent les politologues.

– ‘Démonstration de faiblesse’ –

Pour maintenir la pression, la CGT a déjà appelé à une autre mobilisation, le 21 septembre, à la veille de la présentation du projet en Conseil des ministres et deux jours avant celle de La France Insoumise.

Si FO ne s’associe pas à la fronde de la CGT, de la FSU, de Solidaires et de l’Unef, contrairement à celle contre la loi travail, une partie de ses militants ont décidé de défiler.

Il en sera de même du côté de certaines sections de la CFDT, de la CFE-CGC, de la CFTC ou de l’Unsa, qui ne comprennent pas que leurs directions nationales, pourtant très critiques à l’égard du projet, ne s’associent pas à l’appel.

« La CFDT sait organiser des manifestations, elle en organisera peut-être dans les mois à venir s’il y a besoin, mais on n’a pas besoin de faire une démonstration de faiblesse », a expliqué Laurent Berger, numéro un de la CFDT.

Des politiques de l’opposition viendront gonfler les rangs des défilés, à Paris et en régions. Jean-Luc Mélenchon doit battre le pavé à Marseille contre ce qu’il qualifie de « coup d’État social ».

À Paris, l’ancien candidat PS à la présidentielle Benoît Hamon, Olivier Besancenot (NPA) ou encore Pierre Laurent (PCF), seront présents dans le cortège, qui doit partir à 14H00 de Bastille pour se diriger vers la place d’Italie.

Alors que les manifestations contre la loi travail avaient été parasitées par des violences, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a dit craindre des « débordements ». Il a renvoyé la responsabilité « aux organisateurs », assurant que la CGT avait un « savoir-faire » en la matière.

Cette déclaration rappelle les échanges en 2016 entre le gouvernement Valls et les syndicats. Ils s’étaient alors renvoyé la balle à propos de leurs responsabilités respectives concernant la sécurité des défilés.

Interrogée sur les moyens déployés, la préfecture de police de Paris n’a pas souhaité commenter.

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