Réformer, mais comment? Quand Macron, Fillon et Montebourg débattent de la loi Travail

PARIS, 23 juin 2016 (AFP) – Un social-libéral, un tenant de la gauche colbertiste et un libéral décomplexé : Emmanuel Macron, Arnaud Montebourg et François Fillon ont affûté jeudi leurs arguments sur la réforme du marché du travail lors d’un colloque à l’allure de débat de campagne électorale, en plein conflit sur la loi El Khomri.

Pendant que les manifestants de la CGT et de FO s’organisaient pour défiler place de la Bastille, c’est à l’autre bout de Paris, près de Champs-Elysées, que les trois responsables politiques, candidats déclarés ou pressentis à la présidentielle de 2017, ont attaqué ou défendu la stratégie suivie par le gouvernement.

Cette réforme « est un impératif » : pour le ministre de l’Économie Emmanuel Macron, invité à s’exprimer le premier à ce colloque organisé par l’Institut Montaigne, le texte porté par Myriam El Khomri présente de réelles « avancées ». « C’est une vraie loi de dialogue social, qui fait confiance au dialogue dans l’entreprise », assène l’ex-banquier d’affaires.

Alors pourquoi ces manifestations depuis trois mois? « L’entrée en mêlée s’est faite sur la conviction que ce texte, c’est uniquement de la perte de droits, ce qui n’est factuellement pas vrai », estime le locataire de Bercy, qui évoque un problème de pédagogie lié à la genèse de ce texte.

« On parle d’une réforme dont la première difficulté est qu’elle ne faisait pas partie en quelque sorte des engagements politiques » de François Hollande en 2012, ce qui explique qu’elle ait « été vécue comme une trahison par beaucoup », souligne le ministre.

L’occasion pour le fondateur d’En Marche!, qui organisera le 12 juillet son premier meeting, mais dont les intentions pour 2017 restent mystérieuses, d’ébaucher une ligne de conduite politique pour les prochaines échéances électorales.

« La pré-condition, c’est d’avoir un cadre transparent de débat, de propositions, et que pour la prochaine présidentielle il y ait vraiment sur ces sujets-là une prise de risque de celles et ceux qui auront à concourir, pour expliquer ce qu’ils veulent faire », explique-t-il.

– Rupture ou compromis –

Autre stratégie avec François Fillon, candidat déclaré à la primaire de la droite, et partisan pour 2017 d’une « rupture totale » sur le plan économique et social, avec la fin des 35 heures, la retraite à 65 ans et la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune.

« Il y a un moment où il faut accepter qu’il puisse y avoir une confrontation », estime l’ancien Premier ministre. « Si les forces conservatrices savent qu’il y a de grandes chances que le pouvoir cède, elles vont au bout de leur démarche de résistance », ajoute-t-il.

Au risque d’une impasse politique? « La capacité de résistance d’un certain nombre d’organisations syndicales est aujourd’hui beaucoup moins forte que ce que nous pensons », assure François Fillon, qui attribue les difficultés sur la loi El Khomri aux « maladresses » du gouvernement.

Et l’élu de la Sarthe, favorable à l’article 2 de la loi Travail, mais critique sur le reste du texte, de dévoiler ses recettes pour réussir ses réformes: un « contrat démocratique d’une extrême précision », « de la rapidité et de la fermeté dans l’exécution » et « un pouvoir sans faille ».

Arrive sur la scène Arnaud Montebourg. L’ancien ministre de l’Économie, évincé du gouvernement en 2014, dessine face à un auditoire en partie composé de chefs d’entreprise une approche qu’il souhaite « équilibrée », sans se priver de critiquer le gouvernement.

« Soyons honnête, le droit du travail ne donne satisfaction à personne », glisse celui qui s’est lancé depuis 2015 dans une carrière d’entrepreneur. « Tout le monde sait qu’on a besoin de flexibilité dans les entreprises. La question, c’est : quelles sont les contreparties qu’on offre aux salariés ».

Pour le numéro 3 de la primaire socialiste de 2012, qui a prévu de prendre « cet été » sa décision sur une nouvelle candidature en 2017, des compromis sont possibles avec les syndicats, la CGT signant « 80 à 85% des accords dans les entreprises lorsqu’il y a eu des discussions ».

Mais les accords, dans la loi, « ne sont pas du tout envisagés sous cet angle. C’est une des raisons pour lesquelles on a braqué » les syndicats, ajoute l’élu. Qui « trouve cette stratégie fâcheuse, contre-productive, inefficace ».

vab/edy/fpo/bma