Réformes sociales: les « gilets jaunes » obligent l’exécutif à lever le pied

PARIS, 11 décembre 2018 (AFP) – Assurance-chômage, retraites, fonction publique: les grandes réformes sociales attendues en 2019 sont ralenties par la crise des « gilets jaunes » et devront trouver leur place dans un agenda désormais dominé par la grande « consultation nationale » promise par Emmanuel Macron.

C’est une pause qui ne dit pas son nom. Discours reporté, réunions annulées, calendriers décalés : tout indique que les « gilets jaunes » ont mis un coup d’arrêt aux réformes en préparation.

Celle de l’assurance-chômage, d’abord: syndicats et patronat ont annulé leur quatrième round de négociation, prévu mardi, en raison « du contexte actuel de forte tension sociale ».

Les partenaires sociaux, mal partis pour trouver les 3 à 4 milliards d’euros d’économies sur trois ans réclamés par le gouvernement, doivent reprendre leurs discussions « en principe le 18 décembre ».

Mais ils ont d’ores et déjà demandé au Premier ministre, Édouard Philippe, de leur accorder « un délai supplémentaire » pour trouver un accord, en repoussant la date-butoir du 26 janvier au 22 février.

Celle de la fonction publique, ensuite: le discours que le chef de l’État devait prononcer mercredi a été reporté « à une date ultérieure » en « début d’année prochaine ».

Les 1.800 « managers publics » qui devaient l’écouter pourront ainsi rester « mobilisés dans (leurs) territoires, au plus près des Français », selon Matignon.

Celle des retraites, enfin: le Haut commissaire à la réforme, Jean-Paul Delevoye, a différé de trois semaines ses entretiens programmés avant Noël.

Un simple « décalage », explique son entourage, afin de « laisser le temps aux partenaires sociaux de s’impliquer pleinement dans la concertation » annoncée par le chef de l’État fin novembre.

Censé répondre à la fronde des « gilets jaunes », ce vaste forum décentralisé devait à l’origine être consacré à « la transition écologique et sociale » et se dérouler du 15 décembre au 1er mars.

Mais, face à l’ampleur de la crise politique, le président de la République a estimé lundi que « le débat national doit être beaucoup plus large » et « aborder toutes les questions essentielles à la nation », notamment la loi électorale, la fiscalité ou encore l’immigration.

– Réformes « indispensables » –

Dans ce contexte inflammable, sera-t-il judicieux de remettre sur le métier début janvier le sujet sensible de l’âge de départ en retraite ? Ou d’exiger fin février un sévère tour de vis sur l’indemnisation des chômeurs ?

Pour l’heure, pas question de changer de cap. « Nous avons devant nous à conduire une réforme profonde de l’État, de l’indemnisation du chômage et des retraites. Elles sont indispensables », a justifié M. Macron.

Sur les retraites, il n’y a « pas de remise en cause de la réforme, ni du calendrier », assure aussi l’équipe de M. Delevoye, qui « continue sa mission et présentera ses préconisations en 2019 ».

Avec le soutien de certains syndicats, qui jugent qu’après « tant d’efforts de faits, le mieux c’est d’aller au bout » et mettent en garde contre « le coût de l’abandon de la réforme ».

L’enjeu est également de taille sur l’assurance-chômage, où « c’est peut-être la dernière fois qu’on négocie », s’inquiétait il y quelques semaines un syndicaliste, pressentant qu’un échec conduirait à une reprise en main de l’Unédic par l’État.

Un scénario moins probable depuis que l’exécutif, affaibli par la crise des « gilets jaunes », a renoué avec les corps intermédiaires, reçus longuement lundi à l’Élysée.

Le « débat national » n’aura pas non plus d’effet sur la réforme de la fonction publique, selon le secrétaire d’État Olivier Dussopt, qui a confirmé mardi le dépôt d’un projet de loi « au premier semestre ».

La préparation du texte pourra cependant difficilement ignorer la réflexion sur « l’organisation de l’État, la manière dont il est gouverné et administré depuis Paris » et « la question du service public dans tous nos territoires », que le chef de l’État a ajouté lundi au menu de cette concertation.

S’il reste ferme sur sa feuille de route, le gouvernement n’exclut toutefois pas de laisser filer les calendriers. « Ce n’est pas tellement le temps (qui) compte », a reconnu mardi la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

« Il faut aller plus loin sur le dialogue, sur le terrain, nos concitoyens ont envie d’avoir leur mot à dire, dans la manière ça va être plus participatif qu’avant », a-t-elle affirmé.

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