Réfugiés: à Orléans, le théâtre comme tremplin vers l’emploi

ORLÉANS, 26 octobre 2018 (AFP) – Des cours de théâtre pour décrocher un emploi: c’est le pari insolite tenté à Orléans où une douzaine de personnes, des réfugiés notamment, se lancent sur scène malgré leur français balbutiant, pour apprendre les codes de l’entretien d’embauche.

« J’ai 54 ans, j’ai 4 enfants, je suis cuisinière et je suis courageuse », « Je suis carreleur, je suis rigoureux parce que je travaille avec des machines dangereuses »… Alignés bien droits sous les spots du théâtre Gérard Philippe, un crayon dans la bouche pour mieux articuler, le petit groupe travaille avec application la meilleure façon de se présenter.

Ils sont Syriens, Afghans ou Tchétchènes, unis par la volonté de s’intégrer après un parcours migratoire compliqué. Beaucoup ont le statut de réfugié. Mais leur savoir-faire de peintre ou de cuisinier est difficile à valoriser dans ce pays dont ils apprennent encore la langue.

« Le plus difficile c’est quand tu parles avec quelqu’un et qu’il ne comprend pas bien. Il dit, +désolé+, et voilà », se désole Mohammad, géant somalien au visage doux, qui aimerait retrouver un emploi de boucher. « Dans la vie, je parle beaucoup arabe avec mes amis soudanais. Mais je n’ai pas beaucoup d’amis qui parlent français. »

Pour eux, l’association ACM Formation et la compagnie Théâtre Charbon ont monté une formation de 90 heures à visée clairement professionnelle. Au programme: « un tiers d’ateliers de théâtre, un tiers de cours de langues et un tiers de découverte de l’insertion professionnelle » dans l’agglomération d’Orléans, résume Ophélie Barbieri, l’enseignante de français langue étrangère.

Pourquoi le théâtre? « La présentation, la clarté de l’élocution, la capacité à exprimer une émotion, une intention… cela recoupe les problématiques de celui qui veut aller vers l’emploi », explique Thierry Falvisaner, le metteur en scène, qui travaille depuis trois ans avec ce public étranger pour qui « le rapport à la langue peut être extrêmement compliqué ».

Doper la confiance est un fil rouge, et chaque séance commence par des exercices classiques: courir les yeux fermés, se laisser chuter en arrière en comptant sur les autres pour être rattrapé… avant le passage sur le plateau.

– Doper la confiance –

Sur scène, les acteurs miment un entretien d’embauche. « Asseyez-vous, vous venez pour quoi? – Je viens déposer un CV – Quel est votre métier? – Je suis coiffeur ».

L’entretien est heurté, les questions parfois répétitives, mais les acteurs tiennent le cap. Il s’agit de recycler le vocabulaire appris en cours, mais aussi de maîtriser les règles de cet exercice si lourd d’enjeux. Frapper avant d’entrer, attendre d’y être invité pour s’asseoir, répondre à toutes les questions…

« Abdulsalam, c’était beaucoup mieux que la semaine dernière, mais à un moment ça s’est vu que tu étais agacé. C’est l’employeur, il peut te poser la même question plusieurs fois! », lance Thierry Falvisaner au jeune Syrien au rire lumineux, avant de rappeler les consignes: « On regarde en face quand on part, pas par terre, pas en l’air. On garde le lien ».

L’exercice veut aussi « leur faire prendre conscience de la plus-value qu’ils peuvent apporter », car « ces gens ont du courage, ils ont dû abandonner une partie de leur histoire ou de leur famille, ils ont pris des décisions fortes, cela aussi peut les valoriser ».

Après quelques séances, les progrès sont « impressionnants », assure Ophélie Barbieri: « ils sont capables de répondre à une dizaine de questions de manière correcte ». Mohammad mesure la progression à sa confiance: « Avant j’avais peur, mais maintenant ça va, je peux parler d’une voix plus forte ».

Cela suffira-t-il pour décrocher un emploi ou une formation, à l’issue du stage, en novembre?

« L’an passé, on a organisé des simulations d’entretien avec des conseillères travaillant en entreprises d’insertion. Quatre stagiaires ont ensuite été embauchés dans ces structures…. », raconte Mme Barbieri, qui l’assure: « ils ont leur CV, linguistiquement ils sont prêts ».

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