Renault: derrière les bons résultats financiers, une « stratégie suicidaire » (CGT)

PARIS, 21 septembre 2016 (AFP) – L’accord de compétitivité mis en oeuvre depuis 2013 par Renault a abouti à des résultats « réjouissants pour les financiers » mais a « fragilisé l’entreprise » et « n’a absolument pas permis d’améliorer la compétitivité », affirme mercredi la CGT, à la veille de l’ouverture des négociations d’un nouvel accord.

La CGT demande à la direction d’arrêter une « stratégie suicidaire » et « l’hémorragie des CDI ». « Les cadres, les ouvriers, tous disent qu’on ne peut pas continuer comme ça », a déclaré lors d’une conférence de presse Fabien Gâche, représentant de la CGT, deuxième organisation syndicale chez Renault (24% des voix).

Baisses d’effectifs « supérieures aux objectifs », suppression des augmentations générales de salaires depuis 2014, temps de pause réduits pour les ouvriers… L’accord 2013-2016, dont la CGT n’avait pas été signataire, est une « supercherie » pour les salariés, estime le syndicat.

L’objectif de 8.260 départs « sera dépassé », selon la CGT qui évoque une prévision de 8.723 départs entre mars 2013 et décembre 2016. Le constructeur, qui vise parallèlement 2.000 embauches sur la période de l’accord, trois fois plus que prévu, évalue à 7.200 le nombre de postes nets supprimés depuis début 2013.

A côté de cette « dégringolade des CDI », les heures supplémentaires augmentent et le recours à l’intérim « explose », s’alarme le syndicat, dont les chiffres ne sont pas contestés par la direction: trois fois plus d’intérimaires en moyenne entre début 2013 et fin 2015, 8.000 dans les usines sur le périmètre de l’accord (Renault SAS et les filiales industrielles) fin juin 2016.

Compte tenu de cette situation et des départs naturels, la CGT revendiquera « l’embauche de 14.000 salariés en CDI au minimum dans les trois ans » lors des discussions démarrant jeudi.

L’explosion des coûts de recours à l’intérim et prestataires (+152 millions d’euros entre 2013 et 2015) étant supérieurs aux gains de masse salariale (-116 millions), l’accord n’a de fait « absolument pas permis d’améliorer la compétitivité » et « le coût de fabrication des véhicules a augmenté », affirme M. Gâche.

La qualité de la production a parallèlement baissé et les délais de livraison n’ont jamais été aussi longs, ajoute-t-il.

Les résultats financiers en hausse s’expliquent selon le syndicaliste par la hausse des volumes produits et une augmentation des prix de vente. Le prix par exemple de la Clio IV a augmenté de 22% entre fin 2012 et fin 2015, selon M. Gâche.

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