Reprendre un groupe industriel en difficultés, une course d’obstacles

PARIS, 6 décembre 2018 (AFP) – La reprise d’un groupe industriel en difficultés, tel que la fonderie Ascoval, s’apparente à une course à obstacles, soulignent les experts, avec comme priorités de trouver de nouveaux débouchés et d’apaiser le dialogue social.

A l’instar du dossier de cette fonderie de Saint-Saulve (Nord) en redressement judiciaire, dont l’avenir sera tranché par le tribunal de Strasbourg le 12 décembre, les reprises de sites industriels se sont multipliées en France ces dernières années.

L’important est d' »essayer de trouver un partenaire qui est capable d’utiliser les compétences pour un autre marché », souligne Hubert Kirchner, associé du cabinet June Partners intervenu dans de nombreux dossiers de reprise.

Le deuxième défi tient à la capacité de faire face au « rythme de décroissance du volume d’activité » de l’entreprise à reprendre, explique-t-il.

En d’autres termes, avoir les reins suffisamment solides le temps de trouver de nouveaux clients: dans le cas d’Ascoval, le projet de reprise par le groupe franco-belge Altifort prévoyait que Vallourec, principal client de l’aciérie, maintienne ses commandes pendant un an et demi, ce qu’il a finalement refusé.

Autre point sensible, le dialogue entre l’entreprise cédée et le repreneur, surtout quand il s’agit d’un financier comme un fonds de retournement, juge de son côté Olivier Lluansi, associé du cabinet EY. « Il y a bien souvent un large fossé qui n’est pas facile à remplir », observe-t-il, ajoutant que ce n’est pas le cas lors de la reprise d’un site industriel par un groupe industriel car les deux parties parlent le même langage.

L’expert mentionne aussi « le dialogue social, qui s’est beaucoup amélioré, mais conserve une note d’anxiété et de complexité », en se référant à la récente étude d’attractivité de la France réalisée par EY.

« On discute industrie, social, et après on se met d’accord sur les éléments financiers, et surtout pas l’inverse », résume Hubert Kirchner.

En revanche « l’intelligence économique, la connaissance des marchés, ce n’est pas le point bloquant », estime M. Lluansi.

– pari sur la reconversion –

Sur la phase de transition, la réussite passe le plus souvent par une phase où l’acquéreur s’engage sur le maintien d’une partie de la production, tout en apportant de nouveaux marchés.

C’est dans cette démarche que s’est inscrite la reprise réussie de l’usine d’électroménager Fagor Brandt de La-Roche-sur-Yon en 2016.

Lors de la faillite du groupe Fagor Brandt, un dossier qui avait mobilisé l’attention à l’époque, l’essentiel des actifs avait été repris par le groupe algérien Cevital, mais pas certains sites, dont La-Roche-sur-Yon qui employait près de 180 personnes, avec un fort volant d’intérimaires.

Le Tribunal de commerce « a fait une sorte de pari sur notre capacité à reconvertir ce site industriel », raconte Philippe Boudard, à l’origine de la reprise avec l’ancien président Pierre Jullien.

M. Boudard, aujourd’hui PDG du groupe repreneur S2 Industries, a choisi de passer du gros au petit électroménager, « un secteur dynamique où il y a du renouvellement et de l’innovation » et qui est plus adapté à la taille d’une PME.

« Tout le sujet a été de construire la stratégie (…) avec la conviction forte que l’on peut produire en France du petit électroménager », poursuit-il.

« On avait les ingrédients de base, un parc machines impressionnant, les hommes et les expertises » pour se projeter « vers d’autres segments de marché qui vont être plutôt des niches de marché à forte valeur ».

Appuyé par un premier contrat de sous-traitance de deux ans pour Cevital, S2 Industries a décroché ensuite des fabrications pour d’autres clients, comme des machines à café, avant de lancer ses propres produits, des sèche-linge pour vêtements professionnels. Le groupe a en outre gardé un contrat avec Cevital.

Quatre ans après la reprise, l’usine tourne aujourd’hui avec une centaine de salariés permanents et plus de 30 intérimaires.

Mais cet exemple de réussite n’occulte pas les cas difficiles, comme l’équipementier GM&S dans la Creuse, repris en 2017 pour un euro symbolique et où une trentaine de salariés seulement ont retrouvé un emploi sur les 120 conservés.

Dans la toute dernière période, selon une compilation du bureau d’études Trendeo, NFM Technologies à Villeurbanne est passée aux mains de l’allemand Mülhauser, avec 80 emplois conservés sur 150. Le site strasbourgeois des Grands Moulins de Strasbourg a été repris par Advens avec 116 salariés conservés sur 147.

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