Reprise ou liquidation? Au bout du suspense, Ascoval va savoir

LILLE, 30 avril 2019 (AFP) – La reprise ou la liquidation? Après des mois de suspense et de multiples rebondissements, la justice doit trancher jeudi le sort de l’aciérie Ascoval à Saint-Saulve (Nord) et de ses 270 salariés.

Avant le délibéré du tribunal de commerce de Strasbourg, le groupe British Steel fait figure de grand favori dans ce dossier emblématique de la désindustrialisation et devenu un marqueur de la politique industrielle du quinquennat Macron.

« On reste confiants » sur l’issue « qui devrait être favorable », avait commenté mercredi le directeur d’Ascoval, Cédric Orban, au terme de l’audience considérée comme celle de la dernière chance.

Sur les trois offres examinées par la justice, British Steel porte « le seul projet sérieux », avait souligné Me Guilhem Brémond, avocat d’Ascoval à l’issue des débats. Selon M. Orban, le jeune poids lourd de la sidérurgie britannique dispose d’une « excellente offre à tout point de vue », avec notamment une « reprise de l’ensemble du personnel ».

« Mais il reste encore un obstacle à passer et on ne sera rassurés que lorsqu’il sera passé », a-t-il nuancé lundi, ajoutant que « les négociations se poursuivent ».

Les deux autres candidats – le fonds SecuFund Industry et l’industriel régional Pascal Cochez – ont quant à eux été jugés peu crédibles par les acteurs du dossier même s’ils demeurent formellement toujours en lice.

Créée en 1975 par Vallourec et devenue Ascoval en 2017, l’aciérie qui fabrique des tubes d’aciers spéciaux attend un repreneur depuis la liquidation judiciaire en février 2018 du groupe Asco Industries, auquel le sidérurgiste Vallourec avait cédé 60% de l’usine.

Le 27 mars, les magistrats strasbourgeois avaient accordé un énième délai, un mois après le désistement surprise en décembre d’un repreneur potentiel, le groupe franco-belge Altifort. Cet épisode avait été vécu comme une véritable douche froide par les salariés, désormais 270 après une dizaine de démissions et de départs en retraite.

– « A bout » –

Deuxième groupe sidérurgique au Royaume-Uni, British Steel, qui emploie environ 5.000 personnes, pourrait en cas de feu vert asseoir un peu plus ses ambitions européennes en reprenant Ascoval. Mais l’entreprise se garde pour l’instant de commenter le dossier.

Selon Nacim Bardi, délégué CGT, British Steel anticipe le Brexit et les économies de taxe carbone qu’elle pourrait réaliser avec cette aciérie tournant à l’électricité face aux hauts fourneaux d’outre-Manche.

« On n’a pas le droit de redonner un nouveau faux espoir à nos collègues (…) on est à bout », a averti Bruno Kopzinski, porte-parole de l’intersyndicale d’Ascoval et délégué CFDT, qui « souhaite qu’enfin ça finisse et qu’on ait la vraie fin de l’histoire (…) ». « On s’est quand même fait brûler les ailes quelquefois et on va rester méfiants jusqu’au bout. »

Faute de nouvelles commandes, la production de l’aciérie est à l’arrêt jusqu’au 13 mai mais Ascoval compense la perte de salaire engendrée par le chômage technique. La majorité des salariés vit donc ce moment crucial « de façon assez personnelle », explique à l’AFP un salarié proche de la direction.

Sur le site, « l’ambiance est lourde, pesante, mais avec le sentiment que le dénouement est proche », explique-t-il. « Même si la décision va en faveur de British Steel, le personnel restera prudent. »

Le premier plan de restructuration avait été annoncé en 2015 par Vallourec. Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, avait assuré devant les salariés de l’usine de Saint-Saulve qu’il n’y aurait « aucune fermeture de site et aucun départ contraint ».

Ont suivi « quatre années très pénibles, stressantes et épuisantes. On a du faire beaucoup de sacrifices et même en faisant des sacrifices, on n’avait jamais les résultats » espérés, rappelle M. Bardi, selon qui « le plus dur reste à faire ».

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