Reste à charge zéro: le gouvernement tente d’apaiser les craintes sur le prix des mutuelles

PARIS, 26 octobre 2018 (AFP) – Les tarifs des mutuelles vont-ils augmenter avec le remboursement intégral dès 2021 de certaines prothèses dentaires, auditives, et lunettes ? La question embarrasse le gouvernement, fortement mobilisé depuis mardi pour apaiser les craintes autour du « reste à charge zéro », l’une de ses mesures sociales les plus emblématiques.

Tout est parti d’une étude publiée mardi dans le quotidien le Parisien. Le courtier en assurance Santiane y « prédit une hausse moyenne des tarifs des complémentaires » santé (mutuelles, institutions de prévoyance, assurances privées), de près de 7% d’ici à 2021 pour les contrats individuels.

Pire, pour les seniors, les plus concernés par la réforme, la hausse dépasserait les 9% en répercussion de l’augmentation des remboursements, selon cette société.

C’est « une étude bidon », « un coup de pub (…) proprement scandaleux », s’est énervé Olivier Véran, rapporteur du projet de budget de la sécurité sociale pour 2019, examiné depuis mardi par les députés et qui amorce la mesure.

« C’est un peu pénible parce que (le reste à charge zéro) est une mesure sociale très forte, cela nous met un peu en difficulté en terme de communication », a ajouté le député isérois (LREM).

De fait, le gouvernement se passerait bien d’une polémique sur cette promesse phare du candidat Macron, en pleine grogne des retraités sur la hausse de la CSG et le quasi-gel de leurs pensions.

Tweets, réaction dans le 13h de France 2, point presse improvisé à l’Assemblée nationale… La ministre de la Santé Agnès Buzyn a immédiatement été sur tous les fronts. « Les complémentaires santé se sont engagées à ne pas augmenter leurs prix. Je ferai attention à ce que les engagements soient tenus », a-t-elle assuré mardi.

A l’issue de négociations avec les professionnels de santé, les industriels, les complémentaires et la Sécu, l’Assurance maladie a accepté de financer « les trois quarts » du coût de la réforme, évalué à 1 milliard d’euros sur trois ans, les assureurs le quart restant, a rappelé la ministre mercredi à l’Assemblée.

« Ces 250 millions (…), c’est peu de chose par rapport aux 37 milliards de primes récoltées chaque année » par les complémentaires, a-t-elle fait valoir.

Jeudi, le Premier ministre Edouard Philippe lui a emboîté le pas, assurant devant le Sénat n’avoir « aucune raison a priori de ne pas croire à la parole donnée par les mutuelles ».

– « transparence » –

Reste que le gouvernement n’a aucun moyen concret de pression et que les complémentaires, qui « ne peuvent pas être déficitaires », n’ont jamais caché leurs inquiétudes pécuniaires, comme l’a rappelé vendredi Bernard Spitz, le président de la Fédération française de l’assurance. « On a toujours dit qu’il faudra soit réajuster les prestations, soit augmenter les tarifs », explique-t-il.

Impossible de promettre « qu’il n’y aura pas d’augmentation », confirme à l’AFP le directeur général du Centre technique des institutions de prévoyance, Jean-Paul Lacam, l’ampleur du recours aux nouvelles offres étant imprévisible.

Comme l’a elle-même indiqué Mme Buzyn, la hausse des dépenses de santé liée au vieillissement de la population impacte les complémentaires, dont les cotisations ont augmenté en moyenne de 2,5% par an depuis dix ans, selon le président de la Mutualité française Thierry Beaudet, surpris de « l’emballement » des derniers jours.

Absorber le coût de la réforme, « c’est possible mais à certaines conditions qui ne dépendent pas que de nous », prévient-il, alors que le gouvernement envisage d’augmenter la participation forfaitaire pour certains actes lourds de 18 à 24 euros, soit « 40 millions d’euros » supplémentaires pour les complémentaires.

Quid des chirurgiens-dentistes, audioprothésistes et opticiens dont « l’attitude va être déterminante » ? s’interroge M. Beaudet, qui prône par ailleurs une baisse de la fiscalité pesant sur les mutuelles.

S’il est encore « trop tôt pour mesurer précisément le coût de la réforme », son impact « pourrait être plus fort pour les seniors » et pour les contrats d’entrée de gamme, prévient la Mutualité.

« L’engagement qu’on a pris », insiste M.Beaudet, « c’est un engagement de transparence au sein du comité de suivi de la réforme ». Comité qui se réunira pour la première fois en décembre, selon Mme Buzyn.

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