Reste à charge zéro: les audioprothésistes craignent l’écroulement du secteur

 PARIS, 2 mai 2018 (AFP) – L’actuel projet de réforme du « reste à charge zéro » remet en cause la « viabilité économique du secteur » de l’audioprothèse et pourrait provoquer un « écroulement de l’offre de soins », ont alerté mercredi les audioprothésistes, « très inquiets ».

Promis par Emmanuel Macron, le « reste à charge zéro », c’est-à-dire la mise en place de paniers de soins remboursés à 100%, fait l’objet de concertations entre les syndicats d’audioprothésistes (Unsaf, Synea et Synam) et la Direction de la sécurité sociale (DSS).

A ce jour « aucun accord n’a été trouvé et aucune des nombreuses propositions » chiffrées de la profession n’ont été acceptées, déplorent dans un communiqué commun l’Unsaf et le Synam.

Dans la version actuelle du texte, « la quasi-totalité » des efforts financiers est « à la charge des seuls professionnels » et « le ministère ne prévoit aucun moyen financier nouveau pour les remboursements de la Sécurité sociale », s’indignent-ils, réclamant un « projet réaliste » et des « moyens supplémentaires ».

Le projet serait même « financièrement intenable à court terme » pour la filière, selon une étude réalisée par le cabinet Xerfi à la demande des audioprothésistes.

Il permettrait bien d’augmenter le taux d’équipement des personnes malentendantes, mais dans une moindre mesure: alors que 38,4% étaient appareillées en 2017, le taux passerait à 46% en 2022, contre 43,9% sans réforme.

Il entraînerait surtout « une forte baisse du résultat net moyen » des centres d’audioprothèse. « En conséquence, plus de 16% » pourraient « disparaître à 5 ans », estime le cabinet.

« C’est la viabilité économique du secteur qui est en jeu », avec pour conséquence « un écroulement de l’offre de soins », s’alarment les syndicats.

Xerfi analyse également l’impact éventuel d’une « dissociation », permettant au patient d’acheter sa prothèse chez un audioprothésiste, puis d’effectuer le suivi chez un autre: résultat net et trésorerie plongeraient alors « dans le rouge » très rapidement.

Plafonnement des prix, délais de renouvellement portés à cinq ans, labellisation… Le gouvernement prévoit d’ailleurs « une accumulation de mesures règlementaires délétères », a regretté le président du Synea Guillaume Flahaut.

Le reste à charge zéro pourrait être « une bonne mesure », mais doit être mis en oeuvre « de manière raisonnable et progressive », a-t-il déclaré à l’AFP, appelant le ministère à réaliser lui-même des études d’impact.

Une nouvelle réunion de concertation est prévue jeudi.

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